22 septembre 2009
Les Visiteurs du Mercredi
Ceci est un survol de la nouvelle mini-série hebdomadaire anthologique, Wednesday Comics. L'auteur de ces lignes en est au 6e numéro et comme pour toute anthologie de ce type, la lecture laisse un avis mitigé (voilà pour le lieu commun).
Mark Chiarello est un peintre, artiste, coloriste et éditeur de grand talent : on lui doit notamment des projets graphiques excitants tels Batman : Black and White et le regretté Solo (une carte blanche adressée à un auteur). Il a réuni ici une belle brochette de talents et les personnages choisis vont de la vedette au 3e couteau un peu oublié, ce qui offre un survol sympathique de l'univers DC.
Le format est attachant : une seule pub en fin de journal et qui se situe donc à l'envers quand on l'ouvre, ce qui me fait sourire.
Plié, Wednesday Comics livre en couverture un aéropage d'extraits des bandes avec un médiallon plus grand mettant en vedette chaque semaine une série différente.
Ces pastilles se retrouvent, une fois le journal déplié, sur le verso, la "une" étant consacrée au Batman de Azzarello et Risso, surplombé par cinq vedettes maisons (Superman, Batman, Green Lantern, Sgt Rock et Wonder Woman) extraits d'anciens épisodes ou couvertures, ce qui donne un côté officiel ou "historique".
L'équipe de 100 Bullets réalise, avec le Dark Knight, un segment élégant, plus calme en apparence que leur précédent Broken City sur le même personnage. L'intrigue demeure classique et tourne autour du kidnapping et du meurtre d'un richissime notable de Gotham marié à une vamp beaucoup plus jeune que lui.
Pour autant, le tandem réussit à apporter chaque semaine une situation et une ambiance différentes, et est peut-être l'équipe qui gère le mieux la contrainte hebdomadaire. Chaque page est un chapitre qui tout en faisant avancer l'histoire, fait sens en soi : le premier sur le sentiment d'impuissance de Gordon, le quatrième sur la séduction etc...
Azzarello et Risso offrent en outre un Batman félin et séduisant totalement réussi.
Dave Gibbons et Ryan Sook ont eux décidé de continuer l'hommage aux "pages du dimanche" en calquant leur Kamandi sur la mise en forme d'Hal Foster pour Prince Vaillant. Pas de dialogues mais des blocs narratifs et un dessin visant au rendu réaliste. Le mélange avec l'univers Kyrbien n'est pas le plus logique mais c'est un beau coup de chapeau au King qui avait au départ conçu (avec l'aide de Carmine Infantino) Kamandi comme un strip dans les années 50. Le bandau sous le premier épisode qui rappelle la bande d'origine est également appréciable. Sook fait des efforts mais peine parfois à bien détailler les actions, le script de Gibbons trop linéaire ne l'aidant pas à vaincre la montonie. Des pages jolies mais peu, palpitantes qui voeint Kamandi et Tuftan affronter les Gorilles dans des combats bien moins spectaculaires que ceux de leur comic-book. Pas d'apport à la série de départ, donc.
Dans le même ordre d'idée, John Arcudi ne s'est vraiment pas sorti les doigts pour son Superman en collaboration avec Lee Bermejo. On retrouve un homme d'acier chouineur, qui traine son spleen jusque chez ses pôpa-môman au Kansas, ce, dans de longues pages momifiées par Bermejo. La complainte de l'alien esseulé étant le maronnier des scénaristes dépassés par le personnage, je laisserai le bénéfice du doute à Arcudi, pourtant bon auteur habituellement de se refaire avant le final et d'accoucher d'au moins une idée, image ou dialogue qui tranche avec le reste de cette monotone réalisation. Je ne parlerai même pas d'originalité : visiblement, ce n'était pas à l'ordre du jour de la réunion qu a décidé que ce serait la vitrine du titre dans USA Today.
De plus, Arcudi fait très fort en sabotant non pas une mais deux icônes de la boite, avec l'apparition d'un Batman complètement beauf dans le deuxième numéro.
Si le lecteur est toujours réveillé, il peut ensuite savourer le Deadman de Dave Bullock et Vinton Heuck, deux auteurs issus du monde de l'animation, ce qui explique le trait ressemblant à l'école Bruce Timm/Darwyn Cooke. En contant la lutte entre ce bon vieux Boston Brand et un serial killer possédé, le tandem multiplie les mises en pages audacieuses, dans l'esprit des expérimentations de Neal Adams sur la série des années 60. Le tout est enlevé et mêle l'action tonitruante aux commentaires cyniques de Brand sur cet affrontement intense qui n'est pas sans lui en faire voir de toutes les couleurs (issues de la palette de Dave Stewart).
En parlant de couleur, Kurt Busiek peut enfin animer son chouchou le Green Lantern Hal Jordan, dont il fit quelques dérivés dans Iron Lantern pour les Amalgam Comics ou un épisode de Astro City mettant en scène un héros dépassé du Silver Age.
C'est peu de dire que Busiek rend un travail propre, sur les rails, avec un bon sous-texte des familles (les com-boys sont remplacés par les astronautes mais on a toujours besoin de héros). Tout ceci est bien pépère jusque dans ses clins d'oeil à L'Etoffe des Héros, quelques années seulement après l'autre nostalgique, Darwyn Cooke et sa Nouvelle Frontière.
Reste le dessin de Joe Quinones fort agréable, avec des faux airs de Dave Stevens par instants (mais c'est peut-être l'environnement des pilotes qui m'y fait penser).
En tout cas, Busiek, en bon élève, ménage quand même son cliffhanger hebdomadaire et sait découper son segment en tranches, ce qui n'est pas le cas avec Neil Gaiman qui foire son Metamorpho en ne faisant avancer son intrigue qu'une semaine sur trois (le reste étant dévolu à de grandes splash pages vides), la bande étant consacrée à un pastiche pas drole (un plagiat donc) des épisodes de Bob Haney et Ramona Fradon (jusque dans les légendes sous la "distribution"), et à des "gags" tournant autour de la soi-disante renomée du héros, repompés sur le Tom Strong d'Alan Moore.
Ne reste plus à Mike Allred qu'à dessiner le petit groupe de héros déambulant dans des grottes ou des ruines.
A l'autre extrémité, Eddie Berganza et Sean Galloway confondent "mouvementé" et "confusion" avec leurs Teen Titans qui combattent ce qui semble être une nouvelle version de Trident. Je ne lis plus Teen Titans depuis l'époque de George Perez, Berganza a l'air de bien connaitre tout son cheptel, moi toujours pas au bout de six numéros (l'infirmière est importante ou non ?) et Sean Galloway me laisse froid.
Heureusement, après ces pages de vide, se trouvent les Strange Adventures de Paul Pope, qui relooke façon Métal Hurlant Adam Strange, Alanna, Sardath et la planète Rann pris dans une guerre civile qui oppose les amis d'Adam à une race de singes bleus. Il y mêle également ses propres obsessions : Adam médite pour contacter le rayon Zeta et il se retrouve sur Terre dans le corps d'un homme plus âgé, ce qui offre un mystère (dans l'espace) supplémentaire au segment.
Alanna y est sous son crayon une farouche guerrière, les décors organiques sont grandioses et les couleurs de José Villarrubia sont moins choquantes sur papier journal que sur le net.
Plus terre-à-terre bien qu'une partie de l'histoire se déroule dans le ciel de Métropolis, la Supergirl de Amanda Conner et Jimmy Palmiotti se retrouve à chasser Krypto et Streaky (le super-chat) devenus fous. Marrant, rythmé et bourré de détails graphiques, on est loin des décevants et bordéliques numéros de Power Girl que le tandem a sortis récemment. Peut-être que monsieur et madame se réservaient pour la version moins poumonnée de la blonde kryptonienne.
Dan Didio, sans doute la cible idéale de ce genre de rassemblement, fait honnète figure avec ses Metal Men chéris. En conservant une unité de lieu, un hold-up dans une banque où se trouvent incognitos les Métalliens, Didio fait monter petit à petit la pression avec des menaces de plus en plus énormes (un gang, puis un savant ennemi de Magnus, puis Chemo, le monstre à taille Godzillesque). L'habileté de Jose-Luis Garcia Lopez (bien encré par Kevin Nowlan cette fois-ci) à maintenir la localisation des protagonistes à enchaîner les péripéties y est surement pour beaucoup.
Après les pages les plus brillantes, viennent celles les plus bordéliques, la Wonder Woman de Ben Caldwell se perdant dans un salmigondis de mythologie encastrée dans du Little Nemo et qui n'aboutit (quand on se force à la lire en entier, ce qui n'était plus mon cas dès le n°3) qu'à une pomperie fouille de la Li'l Promethea d'Alan Moore.
La moindre des choses aurait été de prévenir Caldwell du format (et si c'est le cas, de lui expliquer qu'on ne lit pas tous avec une loupe).
A contrario, on ne risque pas d'être perdu avec le trrrrrrrrès linéaire Sgt Rock and the Easy Company de Joe Kubert et Adam Kubert.
6 épisodes sur un interrogatoire musclé du Sgt par la Gestapo, on va dire que ça forge le caractère et ça conforte par sa constance. Par charité chrétienne, je noterais juste que Adam écrit aussi bien qu'il ne dessine .
Le duo Kubert perpétue néanmoins une tradition du strip,celle de tirer sur la corde une idée jusqu'à son point de rupture. Ils n'essaient pas de faire oublier leur vacuité en jouant à Alan Moore comme on l'a vu ailleurs (et pas seulement dans ce projet) et souvent chez des auteurs confirmés.
Il est d'autant plus étonnant donc de voir Karl Kerschl avec l'aide au scénario de Brenden Fletcher, accoucher d'un récit que n'aurait pas renié le grand barbu avec leurs Flash Comics.
De ce titre chargé d'histoire, Kerchl et Fletcher en font un jeu sur la narration, scindant dans les premiers numéros la page en deux strips (Flash et Iris West ou Flash et Gorilla Grodd). Mais, au jeu sur la forme renvoyant aux pages du dimanche, ils ajoutent également un regard sur le fond, jouant sur la romance Iris/Barry à la base de ses problèmes d'aventurier masqué confronté à Gorilla Grodd qui lui fait découvrir le voyage dans le temps.
En manipulant plusieurs motifs récurrents de la série du Silver Age et en y apposant des idées sur la physique quantique ou l'expérience du chat de Schrödinger, Kerschl et Fletcher offrent une somptueuse descendance à la série de John Broome et Carmine Infantino.
Après ce festival de trouvailles, le Demon & Catwoman de Brian Stelfreeze en mode pseudo Mignola, parait bien fade. Et si le script de Walter Simonson est classique et respectueux des personnages, on sent qu'il s'agit d'une histoire courte scindée en pages et non d'un segment pensé en serial hebdomadaire.
Au final, c'est encore une bonne surprise avec le Hawkman de Kyle Baker dont le choix de rendre des pages très réalistes en utilisant des logiciels de dessins, est finalement récompensé tant le rendu fonctionne autant dans la narration que dans l'esthétique.
Toujours porté sur l'ironie, Baker offre une parodie réussie du 300 de Miller dans les commentaires des oiseaux accompagnant le héros ou dans les monologues de ce dernier.
Le décalage permanent entre le courant artistique employé et l'intrigue : une invasion extraterrestre maquillée en détournement d'avion, sert à une critique sur les préjugés et les figures héroïques. Il faut voir le contratste entre le très imposant Hawkman et la fillette aux grosses lunettes qu'il sauve : on est dans le second degré mais finement amené, et qui ne néglige pas l'action et l'aventure.
Le projet Wednesday Comics vogue donc entre la nouveauté, la parodie, l'hommage ou la continuité : il offre un instantané saisissant de l'industrie actuelle. Engoncée dans des motifs et des courants artstiques souvent trop respectueux, quelque fois mal servie par ses propres stars, mais réservant également de bonnes surprises même dans les concepts qui semblent les plus dépassés.
Et pour sacrifier à la tradition internetienne : un petit classement des segments
1. Flash Comics
2. Strange Adventures
3. Batman
4. Hawkman
5. Metal Men
6. Supergirl
7. Deadman
8. Kamandi
9. Sgt Rock and the Easy Co.
10. Green Lantern
11. The Demon & Catwoman
12. Teen Titans
13. Metamorpho
14 Superman
15. Wonder Woman
Claude Pierrhutch
22 juin 2009
Les Pionniers de l'Espérance
"En tant que rédacteur en chef, (Sheldon) Mayer achetait les plus idiotes des idées provenant des dessinateurs passant le pas de sa porte, du moment qu'il s'agissait de super-héros. Et ça marchait. Un dessinateur de pub, Martin Nodell, qui n'était nullement au courant que les comics existaient avant de se retrouver à la recherche d'un emploi, apporta son portfolio à Mayer qui lui demanda de "revenir avec un super-héros". Marty s'achemina vers le métro tout en réfléchissant à plusieurs idées et vit un employé travailler avec une lanterne verte. Il jeta sur le papier l'idée d'un personnage vêtu de vert, rouge, jaune et noir -avec une imposante cape mauve- qui trouve une lanterne de cheminot verte, alimentée par une météorite de la Chine Ancestrale qui lui offre en retour une bague magique. Ça n'avait aucun sens, mais Mayer se rua dessus. Et les gosses firent de même. Et Green Lantern fut un succès."
(Gerard Jones, Men of Tomorrow, 2004)
Durant la Grande Dépression des années 30, la conception et la publication des premiers comic-book engendrèrent une nouvelle forme d'expression. Une génération de jeunes immigrés éduqués dans la tradition juive et élevés dans la pauvreté et la ségrégation , remplit des centaines de magazines de personnages bigarrés révélant par la même les peurs, les angoisses mais également les rêves et aspirations de leurs lecteurs.
Au travers d'enquêtes, d'interviews et d'analyses, Gerard Jones retrace dans Men of Tomorrow : Geeks, Gangsters and the Birth of Comic-Book l'aventure à la fois commerciale, artistique et humaine des créateurs, éditeurs et même lecteurs et (futurs auteurs) de ces fascicules des années 30 à nos jours.
Jones, scénariste dans les années 80 et 90 de plusieurs mensuels (entre autres, Justice League Europe, El Diablo ou sa propre série dont il conserva les droits, The Trouble with Girls) et fin rédacteur du prozine Amazing Heroes où il créa le chroniqueur imaginaire Sidney J. Mellon (pastiche des fans bornés et ignares), souligna toujours l'influence sur lui qu'avait eu le Superman du Silver Age (1958-1959) : celui édité par Mort Weisinger et écrit en partie par Jerry Siegel. Le retour du créateur prodigue de l'Homme de Demain sous la houlette du tyrannique rédacteur en chef issu des pulps et du fanzinat de SF : le mélange détonnant, résultat des tractations sauvages entre DC Comics et ses créateurs et de l'autocensure grandissante de la compagnie.
Il n'est donc pas anormal que cette situation conflictuelle motive l'ouvrage organisant autour de cette lutte incessante entre les auteurs spoliés et les éditeurs protectionnistes la masse d'informations récoltée agençant ainsi un défilé de personnalités aussi fantasque qu'hors-normes. Qu'il s'agisse de Harry Donnenfeld, ami de Lucky Luciano, pourvoyeur de pornographie reconverti dans l'édition de comic-books avec la création de la National Periodical Publications (futur DC Comics), de son comptable, le redoutable Jack Liebowitz, et évidemment des jeunes turcs Jerry Siegel, Joe Shuster, Bob Kane, Will Eisner ou Jack Kirby.
De la même manière l'ouvrage prouve comment le bouillonnement créatif qui suit l'apparition de Superman de Siegel et Shuster profite de la liberté d'action et de la précipitation dans laquelle les créations suivantes sont inventées, reflète les tourments du prélude à la deuxième guerre mondiale.
Le Batman de Bill Finger, Kane et Jerry Robinson, le Captain America de Joe Simon et Kirby, le Daredevil de Jack Cole ou le Blackhawk de Will Eisner se chargent d'apporter à travers leurs univers paranoïaques et agressifs le conflit européen dans les mains de jeunes Américains de tout âge, sexe, origine ou condition sociale, ce, jusqu'à l'apparition en Hiver 41, au moment de l'entrée en guerre des Etats-Unis, de la Wonder Woman du psychologue obsédé William Moulton Marston, dernière représentante de ses "super-héro(ïne)s" à connaître un succès foudroyant.
De 1936, année où Siegel & Shuster vendent des prototypes du Superman à paraître (ce sera, on le sait, pour le numéro 1 d'Action Comics en juin 1938) à 1941, le super-héros, concept protéiforme, indéfini et surtout inédit s'affranchit de ses ancêtres, les justiciers des pulps, les vengeurs des romans de cape et d'épée ou les demi-dieux de l'Antiquité, afin d'investir au mieux la réalité contemporaine des artistes trimant dans les sweat-shops, ces studios où les illustrés sont produits à la chaîne, et se charge d'annoncer des lendemains meilleurs, au-delà des batailles homériques.
L'album collectif Supermen ! The First Wave of Comic-Book Heroes 1936-1941, édité par Fantagraphics et dirigé par Greg Sadowski, compile une vingtaine de ses histoires primitives effectuant un survol partial mais représentatif de cette époque héroïque. Si on excepte une introduction particulièrement insipide et embrouillée de Jonathan Lethem, le travail de restauration et les compléments en index offrent un instantané passionnant de la période.
Suivant la même réflexion que Gerard Jones, Sadowski découpe l'anthologie selon les compagnies respectives tout en gardant l'ordre chronologique, ce qui permet de mettre en relief autant la maturation du style et des intrigues que l'évolution du ton et des trouvailles de ce concept naissant.
A tout seigneur, tout honneur, Jerry Siegel et Joe Shuster ouvrent le bal avec Dr Mystic, the Occult Detective, strip de deux pages seulement, paru dans le premier numéro de The Comics Magazine de Mai 1936. La revue fut lancée par Cook & Mahon deux anciens associés du Major Weehler-Nicholson qui créa les premiers numéros de New Fun Comics et Detective Comics avec le duo Donnenfeld/Liebowitz, et étaient composées de pages récupérés durant cette séparation. Les deux pages en question sont par ailleurs la suite d'une bande de Siegel et Shuster parus dans New Fun : Dr Occult, the Mystic Detective ! Qu'il soit détective de l'occulte ou mystique, le bon Docteur est en tous les cas un intéressant prototype du futur Superman.
Dans cette aventure, Dr Mystic rencontre un autre super sorcier (et le premier en cape et masque des comics) : Zator, un allié avec qui il part à la rencontre des mystérieux "Seven". On n'en saura pas plus sur ce groupe, car en chemin Mystic et Zator sont attaqués par un autre être surnaturel, Koth, qui invoque des esprits vengeurs. Ici s'arrête la bande qui reprendra sous le nom de Dr Occult dans le numéro 14 de More Fun Comics d'octobre 1936.
Le trait de Shuster est déjà intéressant, alliant à la fantaisie des situations un rendu rigoureux, qu'il s'agisse de Mystic et Zator devenus géants se battant en plein New York, tels des monstres japonais ou de l'apparition d'esprits tentateurs dont une charmante fille nue, la censure ou plutôt l'auto-censure n'étant pas encore de mise.
Pour s'en convaincre, il suffit de lire le second choix de Sadowski : The Clock de George Brenner, tiré du dernier numéro de Detective Picture Stories (n°5, Avril 1937). 1er héros masqué des comics, vêtu d'un simple costume complet et d'un chapeau, the Clock est un ancêtre de Rorschach de Watchmen, son alter-ego, Snowy Winters étant un simple junkie sans le sou, qui arpente les bas-quartiers en quête d'infos sur la pègre afin de les dévaliser et redistribuer le butin aux plus démunis (une philosophie par contre, bien contraire à celle du vigilante de Moore et Gibbons). La bande est également notable pour son utilisation de dialogues crus très "parlés" : dans le script de Brenner, on trouve beaucoup de répétitions mais également plusieurs expressions et phrasés qui entretiennent la véracité des situations ("we gotta date with a coupla chorus cuties... an' we don' get to first base if we keep' em waitin' th' first time !") et la crudité de la violence (les policiers se sentant mal à la vue d'un cadavre). The Clock, comme la plupart des bandes de l'époque consacrées à des justiciers, s'acharne à retranscrire l'atmosphère de danger et de misère sociale de l'époque, environnement idéal pour l'éclosion de ces personnages.
Et lorsque les super-héros n'investissent pas les bas-fonds, ils conquièrent d'autres planètes ou défendent la Terre du futur, émules de Flash Gordon, comme leurs créateurs étaient ceux de son auteur, Alex Raymond et de son univers de space opera. Dan Hastings de Ken Fitch au scénario et Fred Guardineer aux dessins, publié dans Star Comics n°5 de Juillet 1937, dépeint un avenir dans lequel les Etats-Unis et le Canada sont en guerre contre un dictateur dont les envoyés ressemblent à des hommes-bêtes en tenue asiatiques. Les canons de la deuxième guerre mondiale ne tonnent pas encore que les auteurs entrevoient déjà les scènes de destruction massive et les intrigues de diplomates.
Space opera toujours avec Dirk Demon, le jeune héros de Bill Everett qui sur les couvertures rappelle Carrie Kelley, la Robin de Frank Miller dans The Dark Knight Returns. Le personnage en a d'ailleurs le caractère et n'hésite pas, dans ces trois pages tirées d'Amazing Mystery Funnies n° 3 de mars 1939, à poignarder ses assaillants afin de sauver une princesse alien kidnappée le jour de son mariage. Le style d'Everett est encore balbutiant, les personnages sont parfois trop identiques, les décors sont réduits à leur plus simple expression, mais une deuxième bande située en fin d'album, Sub-Zero (issue de Blue Bolt Comics n°5 d'Octobre 1940) montre les progrès effectués par le futur créateur de Namor en une année. Dans une ambiance sinistre, Everett confronte le héros-titre, créé par Larry Antoinette, à la vendetta du Professeur X, un savant fou revêtu intégralement d'une combinaison proche de celle de Diabolik. L'affrontement dans le repaire du Professeur qui voit Sub-Zero attaché et "rasé" afin de passer sur la chaise électrique recèle un sous-entendu sado-maso étrange.
Le sous-texte érotique est souvent prégnant dans plusieurs de ces histoires réalisées par des hommes jeunes qui n'hésitaient pas à adjoindre à leurs fantasmes de justice et de puissance ceux sexuels tout aussi formateurs.
Ainsi dans l'épisode de The Flame (Wonderworld Comics n°7 de Novembre 1939) réalisé à deux mains par Will Eisner (scénario et découpage) et Lou Fine (dessin) se termine en un apothéose orgasmique au cours duquel, le héros sauve sa belle alliée de la horde de morts-vivants qui les assaille en utilisant, suite aux suppliques de la jeune femme ("The Gun ! Use the Gun !"), le pistolet lance-flammes qu'elle lui avait rapportée, ce, dans une case d'une demi-page d'où jaillit le feu purificateur en une vague gigantesque.
Le découpage soigné et générateur de tension est magnifiée par les personnages élancés et musculeux de Lou Fine. Dans sa BD autobiographique, The Dreamer, Eisner évoque avec tendresse le jeune dessinateur qui, rongé par la polio, élaborait sur papier de parfaits surhommes. Malgré un costume plus que banal, the Flame demeure impressionnant tout du long de la bande, et encerclé par les zombies, il les soulève, son corps adoptant des poses que ne renieront pas des années plus tard le John Buscema du Silver Surfer ou le Steranko de Captain America.
The Flame a même le mérite de figurer sur la couverture de Supermen ! en lieu et place du Wonder Man de Eisner prévu jusqu'alors. Les sollicitations annonçaient en effet la reproduction de cette bande qui valut à Eisner et à Victor Fox, son patron et co-créateur du personnage, un procès carabiné de la part des ayant-droits de Superman. Fox, qui aimait s'auto-proclamer le "Roi des Comics", dut renoncer à son titre mais continua à demander des bandes aux studios de Eisner et de son partenaire Jerry Iger. Cette mine de talents est évidemment présente en force dans Supermen !
Le titre, simple, qui claque avec ce point d'exclamation, situé sous le dessin de Fine exp(l)osé en gros plan, est étalé en lettrage vert élancé mais massif et couvre sa largeur comme un train express, décrivant à la fois l'engouement et l'importance de cette industrie pour les dessinateurs de l'époque. Comme expliqué dans The Dreamer, il y avait autant de motivations que de dessinateurs pour entrer dans cette profession.
C'est ce qui distingue surement deux bandes situées côte à côte : Rex Dexter of Mars (Mystery Men Comics n°4 de Novembre 1939) et Cosmic Carson (Science Comics n°4 de mai 1940), deux histoires de space opera avec héros valeureux, adversaires redoutables, jolie pépée à sauver et sauvetage in extremis. Mais dans la première, Dick Briefer abat un boulot sans âme où il choisit de se concentrer sur le décorum des robots et engins, il bâcle autant ses personnages que le rythme, plombé par des dialogues qui prennent parfois toute la case. Dans la seconde, sous son pseudo de Michael Griffith (une constante chez ces auteurs, qui explique également le goût pour les "identités secrètes"), Jack Kirby fait déjà montre de ce qui va le distinguer des autres auteurs : machinerie inédite venue d'ailleurs (le canon de Carson dans la case-titre), découpage hardi visant l'impact des situations au-delà du simple enchainement de péripéties. Dès cette première réalisation solo à destination d'un comic-book (ces précédents étaient encore sous la forme de strips de journaux), la colère et l'excitation de Kirby prennent déjà d'assaut le regard du lecteur où il enchaîne les combats de plus en plus brutaux avant un final dans lequel Carson finit en sous-vêtements et tue à mains nues ses assaillants avant d'être tenu en joue par son ennemie dans une case montrant leurs profils rapprochés entre haine et séduction.
Aux côtés des artistes de son studio, le travail de Will Eisner apparaît comme étant plus mature : son Yarko, the Great (Wonderorld Comics n°8, décembre 1939) dispense une certaine ironie par rapport à son sujet. Le héros, un magicien typique de cette période avec turban, cape et smoking (comme Sargon, the Sorcerer chez DC ou Ibis, the Invincible chez Fawcett) rapatrie des Enfers l'âme d'une jeune fille tuée par une sorcière en feintant la Mort elle-même. L'invincibilité totale des deux opposants, leur absence totale d'émotions et les tenues de soirées arborées (la Mort est en chapeau claque, lunettes noires et costume), tout donne à penser qu'il s'agit d'une simple routine pour Yarko qui se débarrasse sans peine de trois monstres représentant la Douleur, la Peur et l'Horreur. Eisner se détache déjà de l'ambition primaire des comic-books de cette époque et de leurs joutes surhumaines et manichéennes, attitude qui l'amènera à créer son strip, Le Spirit, dans l'année qui suit.
A contrario, le travail de Fletcher Hanks semble démontrer qu'il se complaisait dans ces univers qui offrait au Bien tous les pouvoirs imaginables et au Mal un châtiment à la hauteur de ses méfaits. Profitant du succès qu'a connu la compilation de ses histoires parue en 2007 (I shall destroy all civilized planets !, éditée par Paul Karasik également chez Fantagraphics) et en prévision de la sortie imminente de sa suite (You shall die by your own creation !), Greg Sadowski a choisi une histoire de Stardust publiée chez Fox (Fantastic Comics n°12 de novembre 1940) et une de Fantomah parue chez Fiction House (Jungle Comics n°4, avril 1940). Au-delà de l'engouement pour son trait surréaliste qui alterne des décors et personnages naïfs à des animaux hyper-réalistes et des châtiments corporels graphiques, on peut quand même regretter que cet effet de mode, qui a déjà vu récemment Mike Allred réaliser un épisode de Stardust dans une reprise de Fantastic Comics chez Image, obscurcisse la vision de cette époque. Hanks est présent deux fois dans Supermen ! alors que Fine n'a droit qu'à une histoire et une couverture (une superbe illustration de Samson réalisée avec Eisner pour Fantastic Comics n°3, février 1940) et que l'absence de dessinateurs autrement plus imposant ou talentueux se fait cruellement ressentir.
Pas de Mort Meskin, pas de Reed Crandall, pas de Jerry Robinson, pas de Bob Powell... mais une histoire de Al Bryant, autre employé du studio de Jerry Iger, Fero, Planet Detective (Planet Comics n°5, mai 1940) assez mal nommé puisque le travail d'investigation du héros se limite à courir au secours d'un manoir assailli par d'étranges créatures avant de demander au propriétaire des lieux d'aller vérifier par lui même ce qui se trame dans ses bois, tandis que Fero reste dans la résidence. Une fois, le châtelain tué, Fero se décide à aller affronter les monstres (un gnome, un vampire et un loup-garou) qui, nous explique-t-on, font partie d'un plan d'invasion de la planète Pluton. La bande donne le sentiment d'une hallucination schizophrénique du fade Fero qui finit par emballer la fille du défunt, pas le moins traumatisée par le décès de son père.
Bien plus épatantes et spectaculaires, trois bandes de Jack Cole sont incluses. Si comme pour Hanks, l'on peut également parler de "favoritisme" (le biographe de Cole, Art Spiegelman étant un poids lourds de l'intelligentsia américaine), force est de constater que le choix est tout à fait judicieux tant les trois épisodes présentés font preuve d'autant d'inventivité que de brio à tous les points de vue : péripéties, découpage, décors et même dialogues.
Cole, humoriste dans l'âme, semble prendre avec la distance adéquate ses héros de papier et leur donne une certaine profondeur tout en pointant avec ironie mais sans lourdeur leur bizarrerie. Qu'il s'agisse de The Comet (Pep Comics n°3, avril 1940), Silver Streak (Silver Streak Comics n°4, mai 1940) ou l'extraordinaire The Claw battles Daredevil ! (Silver Streak Comics n°7, janvier 1941), Cole va au bout de son sujet et tient en haleine le lecteur en multipliant les décors et ressorts dramatiques.
Dans les histoires de Cole, the Comet et Silver Streak (créé au départ par Joe Simon), tout comme son autre création, Plastic Man (dont les aventures sont disponibles en collection Archives chez DC), font état de leur condition de héros et n'hésitent pas à recevoir chez eux des visiteurs. Pour le premier, un scientifique s'injectant un super sérum, cela le conduit à être kidnappé en pleine sieste par son ennemi juré Satan, qui avec l'aide son associé Zadar, l'hypnotise et lui fait commettre une vague de crimes, terrorisant la ville et mettant en échec la police. Pouvant voler et possédant un rayon optique mortel qu'il cache sous une visière, source d'inspiration pour le Cyclope des X-Men, The Comet s'en prend alors aux forces de police allant jusqu'à les massacrer dans des pages d'une violence et d'une vigueur telles qu'on y voit déjà des motifs que réutilisera Neal Adams voire le Nexus de Mike Baron et Steve Rude des années plus tard... Pas encore soumis aux règles du Comics-Code, The Comet prouve la liberté de ton qui verra ce personnage, pourtant édité par la future maison Archie Comics (la firme MLJ dont les héros sont ressuscités par DC Comics), mourir quelque temps plus tard, passant à la postérité comme le premier super-héros tué au combat.
Moins lugubre, l'épisode de Silver Streak voit l'apparition de son uniforme (avec le malvenu symbole "SS"). Super-rapide, Silver Streak n'a pas connu la longévité de The Flash ou Johnny Quick (chez DC) : plus faiblarde des histoires de Cole, elle demeure néanmoins au-dessus du lot. Amusant quand Cole débute et clôt l'intrigue par un gala de charité qui oblige Silver Streak à poursuivre le mystérieux "Doc" et ses insectes et araignées géants durant un entracte de vingt minutes, l'épisode clôt la précédente intrigue de Simon et Cole en profite pour tester les possibilités des casses de BD afin de représenter la vitesse notamment le sauvetage in extrémis d'un garçon menacé par un véhicule fou. Cole soigne également la chute et le suspense : après un retour sur le fil au gala de charité, on aperçoit dans les dernières cases le futur ennemi, cagoulé, de notre héros. Il était important pour ces magazines pris dans une concurrence redoutable de fidéliser le lectorat.
C'est ainsi que dans le numéro 7 de Silver Streak Comics (janvier 1941), Jack Cole reprend le personnage de Daredevil et l'oppose à sa propre création, le machiavélique The Claw. Jouissant actuellement d'un regain de popularité -il revient sous le nom de Death-Defying Devil dans le Project : Superpowers d'Alex Ross et Jim Kruegger et fait partie du supporting cast de Savage Dragon d'Erik Larsen- ce premier Daredevil fut inventé dans le numéro 6 par Jack Binder. Comme pour Silver Streak, Cole ne garde que l'idée de base - un acrobate se servant d'un boomerange- et le réinvente : il lui fait adopter une combinaison rouge et bleu et abandonne l'idée du handicap (DD est muet sous son identité civile). Responsable éditorial du magazine, Jack Cole avait inventé dans ses pages le personnage de The Claw : un géant machiavlélique, leader d'une organisation maléfique qui était une caricature encore plus grossière du "méchant asiatique" que son inspiration, Fu Manchu.
Avec son immense taille et sa tête de Skrull avant l'heure, The Claw fit sensation en couverture de Silver Streak et, le pays s'acheminant vers une guerre de plus en plus probable, il devint le symbole de la menace des forces de l'Axe.
Et lorsque ce dernier lance une attaque terroriste de grande envergure sur New York, il n'en faut pas plus pour que Bart Hill, mondain volage qui conte fleurette à sa fiancée tout en devisant des évènements mondiaux, n'endosse son costume de justicier et se lance dans un combat de 12 pages, neutralisant son armée à mains nues, s'échappant des pièges les plus incongrus grâce à sa formidable endurance physique -il remonte un puits au fonds piégé de pointes et de serpents en courant le long de sa paroi- et finit dans un duel singulier en plein Times Square avant d'être avalé par son ennemi et de s'échapper en lâchant de la dynamite dans son estomac. Surréaliste et furieux, ce combat entre des David et Goliath des temps modernes s'étendra sur cinq numéros avant que Daredevil ne s'attaque à une autre menace beaucoup plus réelle dans Daredevil battles Hitler ! (daté de Juillet 1941) réalisé en un week-end dans un blizzard par Charlie Biro, Bob Wood et ses frères, Bernie Klein, Mort Meskin et Jerry Robinson... Lev Gleason et Charles Biro, les autres têtes pensantes de Silver Streak, étaient à l'époque impliqués dans de nombreux conflits sociaux et politiques, Gleason lui-même était membre du Parti Communiste et leur engagement transparaît dans ces publications. Dans l'épisode réimprimé, Bart Hill déclare que "Nous devons profiter de la paix tant qu'elle est là - et combattre pour la reconquérir dès qu'elle s'est enfuie !-", une leçon distillée à un pays encore isolationniste en ce début 1941.
A l'opposée des innovations graphiques et narratives de Jack Cole, on trouve celles des scénarios et concepts de Gardner Fox : avocat au chômage du temps de la Grande Dépression, Fox trouva un job de scénariste sur Detective Comics grâce à son ami, responsable du titre, Vin Sullivan. Sans la moindre expérience antérieure, Fox dévoila un flair particulier pour les super-héros, notamment en ce qui concerne leurs pouvoirs et leur narration débridée. Très vite, il fut appeler en renfort de Bill Finger sur Batman afin de rendre des scripts dans les temps : il inventa en quelques histoires les gadgets et engins qui font toujours à ce jour partie du folklore du héros et lui fit connaître son premier ennemi (Dr Death) ainsi que sa première incursion dans le fantastique (avec le vampire The Monk), histoires reprises par Matt Wagner dans le récent Batman : The Mad Monk.
Supermen ! présente trois histoires introductives rédigées par Gardner Fox concernant trois héros oubliés : Marvelo, Monarch of the Magicians ! (dessiné par Fred Guardineer, Big Shot Comics n°1, mai1940), The Face (par Mart Bailey, id.) et Skyman (par Odge Whitney, Big Shot Comics n°2, juin 1940).
Les trois épisodes témoignent de l'influence du Superman de DC Comics sur cet éditeur, Columbia Comic Corporation qui avait réussi à récupérer Sullivan et ses auteurs : particulièrement habiles et soignés, les dessins sont similaires à ceux des ghosts du studio Shuster, et leurs qualités respectives sont intelligemment attribuées à leurs personnages.
Fred Guardineer offre une ligne claire imaginative aux pérégrinations de Marvelo, Candide qui à peine arrivé sur le territoire des USA affronte la pègre et se lie d'amitié avec un policier. Bien qu'accompagné d'un serviteur asiatique, ce dernier reste à l'écart de toute action, Gardner Fox avait sans doute songé à un plagiat de Mandrake le Magicien, mais s'en écarte bientôt au gré de ses fantaisies. Spécialiste de l'intrigue marabout-bout de ficelle, Fox additionne les pouvoirs de Marvelo au fil de ses exploits : il anime des statues, réveille les morts, désintègre des camions quand il ne les téléporte pas ou bien fond les jambes de ses ennemis.
Peut-être le jeune Steve Ditko, collectionneur invétéré dans les années 60, est-il tombé sur Big Shot Comics et peut-être s'est-il rappelé de Marvelo pour son Dr Strange, ou de The Face pour the Question. Comme Vic Sage, l'alter-ego de The Face est un animateur (à la radio dont il est propriétaire) et évolue en complet veston avec un masque lui dissimulant les traits sous une apparence monstrueuse, afin de glaner les infos susceptibles d'alimenter son combat contre la pègre autant que ses chroniques. L'efficace Mart Bailey soigne le look de ce champion de la justice ainsi que l'ambiance nocturne dans laquelle il évolue et terrorise ses ennemis.
Enfin, Odge Whitney donne vie à Skyman, débonnaire aviateur en pull rouge, cape et masque bleus et dont la visière opaque offre un visage constamment impassible malgré les péripéties invraisemblables qui se succèdent. Aux commandes de son avion futuriste, the Wing, et armé de son stasimatic gun (qui peut paralyser autant que tuer), Skyman mène la vie dure aux sbires d'une nation ennemie désireux d'envahir les Etats-Unis. Fox apporte sa passion pour les gadgets dont les ventouses de se balader sur le toit des avions alliés, un appareil photo doublé d'un radar ultra-perfectionné lui permettant de repérer les bases ennemis ou bien plus simplement des skis doublant James Bond dans la chasse aux espions sur les monts enneigés. Particulièrement endurant et increvable, le Skyman, à la cage thoracique et aux avant-bras proéminents, n'affronte pas ses dangers sans encombre puisqu'il finit blessé par balles. Sa bonhomie l'empêche de se plaindre et le rend même sympathique quand il regrette avoir balancé par accident un truand par la fenêtre.
Si les super-héros de Gardner Fox et ses dessinateurs offrent une vision professionnelle et abordable des héros, d'autres auteurs en profitent pour mettre en avant non les personnages ou les intrigues mais leur propre style visuel qui ne demande qu'à se perfectionner au gré des galops d'essai. C'est le cas de Basil Wolverton, futur pillier de Mad Magazine auquel il accordera ses portraits grotesques et son humour iconoclaste, qui démarre sa carrière sur le tonitruant Spacehawk, Superhuman Enemy of Crime ! dont la septième apparition est réimprimée (Target Comics n°11, décembre 1940). Spacehawk est un justicier évoluant, comme son nom l'indique, dans l'espace et ses pérégrinations l'amènent ici à retrouver une vieille connaissance devenue contrebandier, s'en suit une course-poursuite endiablée et un combat commun face à des pirates aliens aux formes incongrues dont les Vultoïds, sorte de lézards ailés. La clarté limpide avec laquelle Wolverton agence son action, la simplicité quasi-enfantine dans le rendu grotesque des monstres mais aussi la grande humanité apportée aux relations entre Spacehawk et son ami Galar auquel il offre un portrait touchant ; tout ceci prouve l'implication de Wolverton dans une bande qui lui y échappera avec l'entrée en guerre des Etats-Unis autant que Spacehawk qui finira ses aventures sur Terre à traquer les nazis, loin du bestiaire fantastique de son créateur.
Une transition qui sera moins fatale pour ses collègues de Novelty Press, le tandem Joe Simon / Jack Kirby qui réalise à la même époque Blue Bolt. L'épisode réimprimé (tiré de Blue Bolt n°10, mars 1941) fait état de l'apport considérable de Simon (qui écrit et encre les dessins de Kirby) ainsi que des progrès de Kirby canalisant de mieux en mieux ses envies et colères. Ainsi, le script de l'épisode est similaire à celui de Cosmic Carson présenté plus en avant : Blue Bolt vient au secours de son ennemie la Green Sorceress dont le règne sur son empire souterrain a été renversé par un racketteur de la surface, Rocky Roberts. Appliquant la triste loi de la mafia à ce royaume d'émeraude, Roberts met en place des milices terrorisant et brutalisant ses habitants. Pour Simon & Kirby, le message est clair : la loi de la rue mène au fascisme, les Nazis ne sont rien de plus que des brutes et des gangsters qui se sont emparés des démocraties et une seule solution s'impose : les représailles.
Loin d'imaginer qu'il va bientôt se retrouver à batailler en pleine France occupée sous les ordres du Général Patton, Jack Kirby fait déjà montre de son engagement antifasciste et son désir d'en découdre matérialisé dans son art qui amplifie également le caractère érotique de son trait par le biais de la Green Sorceress, suave guerrière en bikini enchaînée puis ligotée à un engin de mort aux accents phalliques prononcés, avant de s'en servir elle-même pour atomiser Roberts.
Violence exacerbée, description détaillée des exactions de la milice de Roberts, dont une case saisissante montrant des opposants assassinés baignant dans leur sang sous l'ombre déployée de leur meurtrier, utilisation de machinerie et engins fous, motos volantes, vaisseau supersonique, bolide rageur : jamais au cours des dix pages le tandem ne faiblit, leur rage juvénile exorcisant les démons de leur génération, ce juste avant de lui offrir un symbole en inventant pour la concurrence Captain America.
C'est avec ce héros puis Wonder Woman que les Etats-Unis entrent en guerre, la propagande rejoignant dés lors le discours de ces illustrés, les G.I. trouvant en ces surhommes autant un idéal qu'une évasion bienvenue face aux horreurs quotidiennes et inédites dont ils vont devenir les témoins.
Avec l'attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, le Règne des Supermen entrevu par Siegel & Shuster, poursuivi par Jack Cole, Will Eisner, ou Gardner Fox et assis par Simon & Kirby, connaîtra sa première grande vague de popularité. Poursuivi par la télévision, le cinéma et de nombreux auteurs, ce concept naïf, grotesque mais toujours évocateur ne semble pas près de s'éteindre.
The Flaming Houtch
Post Scriptum :
Supermen ! The First wave of Comic-Book Super-Heroes 1936-1941 est édité par Fantagraphics
Men of Tomorrow de Gerard Jones est disponible en VO aux éditions Arrow Books
En France : l'éditeur Univers Comics propose des traductions de super-héros libres de droits avec Golden Titans dont le numéro 1 vient de sortir.
Tout n'est pas parfait, notamment la traduction et le rendu des couleurs et le choix de Mr Scarlet, bande de Fawcett (l'éditeur de Captain Marvel) n'est peut-être pas judicieux, mais la très sexy Phantom Lady de Matt Baker est un bon compromis entre le "good girl art" et la vague des comics de crime qui vont pulluler après-guerre, et si Black Terror écope d'un scénario nullissime, le tandem Jerry Robinson / Mort Meskin aux pinceaux ne se rate pas. En complément du premier numéro, se trouve l'une des premières apparition de The Flame de Fine et Eisner.
Vous savez donc ce qui vous reste à faire et que la couverture bâclée et la reproduction inégale ne vous empêchent pas de soutenir cette initiative.
16 mai 2009
Plus neuf que neuf

Amazing Spider-Man 590-591 (Dan Slott/Barry Kitson aidé par deux autres dessinateurs sur la deuxième partie) réunit les Fantastic Four et Spider-Man pour la première fois depuis le honteux One More Day (Amazing S-M 544-545).
Pour résumer : rappelons que Spider-Man a vendu son âme et son mariage au démon Mephisto contre la survie de sa Tante May. Le diable à nom de grolles a ensuite effacé de la mémoire collective l'identité de Peter Parker qui n'était plus secrète depuis que ce dernier s'était démasqué en direct à la TV durant les évènements de Civil War.
Or, peu de temps avant cette Guerre Civile, et dans la mini-série de Dan Slott, Spider-Man & Human Torch, Spidey avait avoué aux membres des Quatre Fantastiques qui il était et la mini-série de montrer la famille Parker invitée par les FF à de nombreux évènements, fêtes de famille et un voyage dans le Macroverse...
C'est ce dernier périple qui met la puce à l'oreille des aventuriers cosmiques : captant un signal de détresse du dit Macroverse, ces derniers invitent le Tisseur à une nouvelle aventure et dans le même temps à s'expliquer sur leur amnésie. Les conséquences de leurs actions passées (qui ont envenimé les rapports entre deux races aliens) et le schisme entre Johnny et son ex-ami, vont mettre en danger leur expédition...
Pas vraiment convaincu par ce diptyque plombé par deux défauts : l'un étant que l'"intrigue" dans le macroverse est complètement bazardée avec d'une part une caractérisation à la truelle des Quatre Fantastiques et d'autre part un dénouement tellement hénaurme que même Spider-Man le décrit comme tel (SPOILER c'est en dévoilant son identité que le guerrier alien met fin au conflit FIN DU SPOILER). Ce procédé souvent utilisé pour excuser une histoire tarabiscotée m'apparaît à chaque fois comme un aveu d'impuissance : ici, le fait de renvoyer la nécessité de démasquer le seigneur de guerre à l'anonymat de Spider-man est effectivement une raison bien maigre.
Tout ceci pourrait passer si les Quatre Fantastiques apparaissaient comme autre chose que des figurants : Ben est le seul élément du quatuor qui soit bien traité (normal pour le chouchou de Slott) mais Red est relégué au gag récurrent consistant à sortir des mots de plus trois syllabes que les autres ne comprennent pas et écope des pires clichés (c'est un intello => il aime Star Trek => gag) tandis que son aura de leader a disparu on ne sait où (personne ne l'écoute), Johnny est insupportable de bêtise (c'est à ne pas comprendre comment le reste fait pour le supporter) et Jane... et bien Jane est inexistante, aussi invisible que son pseudonyme.
Triste de voir des personnalités aussi bien définies réduites au rang de pantins unidimensionnels : un comble quand on pense que ce sont eux qui ont brisé le moule des héros de cet type.
En fait, l'arc ne sert qu'à deux fonctions : résoudre le problème de l'identité et réécrire un statu quo pour le titre Amazing Spider-Man.
Et c'est ici que réside le second défaut. Le procédé employé pour faire passer le temps à la supporting cast est astucieux et permet éviter les passages obligés de ces évolutions (car qui a vraiment envie de connaître toute la vie privée du fils de Robbie Robertson ?). De plus, il joue avec brio sur les codes narratifs des BD, chaque case représentant une journée.
Cet effet aura auparavant déjà été vu dans un numéro du Savage Dragon ce qui pourrait relancer la guéguerre Larsen/Wacker après l'"affaire Obama", mais Steve Wacker a déjà supervisé dans la mini-série DC 52, une approche similaire sur le passage du temps et la gestion accélérée de subplots.
Enfin c'est dans ces pages que Slott se montre le plus habile, renouant avec son goût pour les jeux formels et maniant avec habileté les amis "humains" de Spidey.
Dommage que ce ne soit pas vraiment le cas pour l'imbroglio de l'amnésie collective concernant son identité secrète. Si on en apprend un peu plus sur le fonctionnement de la chose (personne ne peut connaître son identité car les connexions neuronales ne font pas leur boulot), l'explication ne fait qu'amener un lot de questions supplémentaires :
_ Qui a mis au point ce procédé ?
_ Est-ce Mephisto ?
_ Si oui : comment Parker est-il au courant ?
_ Est-ce qu'il se souvient du pacte avec Mephisto ?
_ Est-ce qu'il se souvient que Tante May savait ?
_ Est-ce que MJ s'en souvient ?
etc...
Loin d'être satisfaisante, l'explication prouve au contraire l'impossibilité à faire fonctionner un tel procédé, à moins de ne plus y faire référence.
De plus, l'arc prouve par l'absurde le côté artificiel de l'environnement actuel de Spidey : à l'exception de JJ Jameson qui reprend enfin son statut d'ennemi juré du tisseur dans la conclusion inattendue (furetez sur le net et vous saurez de quoi il s'agit), et l'indestructible Tante May, aucun autre personnage secondaire ne semble réellement attaché à Peter Parker. Le renouveau promis par Brand New Day a échoué à créer une communauté similaire à celle des grandes années de la série d'une part en inventant des nouveaux personnages trop fades et en constante comparaison avec leurs modèles d'antan et d'autre part en utilisant peu les anciennes figures, les auteurs étant handicapés par le deal de Mephisto (l'épisode avec Betty Brant dans le n°583 faisant figure d'exception).
L'arc n'est pas en soi désagréable : le dessin de Kitson très clair aide énormément à faire avaler le procédé à tel point que l'on s'aperçoit que dès son remplacement sur certaines planches, l'histoire patine.
Sympathique de par la bonne humeur et l'humour qui se dégagent de l'ensemble, la nouvelle donne de Brand New Day gagnerait à couper une fois pour toutes, le cordon avec le tour de magie foiré dont elle est issue.
L'arc suivant (24/7 par Mark Waid et Mike McKone, in n°s 592 à 594), se concentrant sur l'action et l'antagonisme Spidey/Jameson renouvelé, réussit à rattraper la balle au bond en se concentrant sur l'essentiel.
Peter Parkhutch
26 avril 2009
Nick Fury : Soldat, Espion, Cerveau (1)
Vous entendez là ? Un coup d’extraits musicaux du compositeur Frank De Vol pour évoquer la lutte courageuse d’un petit groupe d’hommes contre les Nazis, quelques autres de Roy Budd pour les films de commandos et enfin, le thème arrangé de James Bond par John Barry. Pourquoi ? Parce que l’équation de ces trois compositeurs de musiques de films illustrerait parfaitement bien les périodes majeures et incontournables du personnage de Nick Fury, qui vécut ses plus belles aventures sous les coups de crayon respectifs de Jack Kirby, Dick Ayers et Jim Steranko. Word !
Le Maître De Guerre (première partie)
Nous sommes au début des années 60 dans les bureaux de
Dans ce premier épisode d’une longue série de 120 numéros, l’histoire nous entraînait en France, à l’approche du D-Day, où le sergent Fury et son unité y était envoyé pour secourir un membre de la résistance détenant des informations capitales pour le débarquement. Mais sur le chemin du voyage, leur avion était abattu en plein vol par les Nazis…
C’est donc avec cette aventure écrite par Stan Lee, dessinée par Kirby, encré par Dick Ayers et titrée "Seven Against The Nazis", que le lecteur faisait connaissance pour la première fois avec le sergent Nick Fury et ses hommes, parmi lesquels figurait Dum Dum Dugan, considéré comme l’un des plus populaires second couteau du Marvelverse, qui bénéficiera par ailleurs d’une aventure solo dans le numéro 26 de la série, délicieusement intitulé "Dum Dum Does It The Hard Way !". Saisi par le sceau de l’expression maximale des dessins de Jack Kirby et des efficaces histoires de Stan Lee, Sgt. Fury & His Howling Commandos calquait sa mécanique sur celle des films de guerre de séries B (récit d’expédition) où se faisait ressentir, par extension, l’influence évidente des métrages de Samuel Fuller (à commencer par l’emblématique cigare mâché, quintessence du soldat Fullerien à l’écran). On relèvera qu’à l’image de J’ai Vécu l’Enfer De Corée (1951) et de son progressisme raciale, Sgt. Fury & His Howling Commandos faisait figurer au sein de ses pages les mêmes intentions fédératrice (le soldat Izzey Cohen, premier héros ouvertement juif d’un comic-book) quitte à provoquer la controverse, notamment avec le personnage de Gaby Jones, équipier noir de Nick Fury en pleine seconde guerre mondiale alors que dans les faits, l’Amérique, à cette période, était loin de dissimuler le ségrégationnisme affichée dans son armée. Plus animé par l’humain que par un détail qui valut aux deux auteurs une volée de bois vert de la part de quelques associations conservatrices du sud des Etats-Unis, Lee et Kirby se fichaient bien de rentrer dans le rang et bousculaient même les conventions du comic-book, comme lorsqu’ils évoquaient les camps de concentration dès le numéro 2.
Sans doute vaguement inspiré par les rôles de sergent gueulard qu’interprètent Richard Widmark et John Wayne, respectivement dans Sergent
Après un intermède de cinq numéros signé de l’ex-encreur de la série, Dick Ayers (à propos duquel nous évoquerons le meilleur), Jack Kirby reprit le contrôle de sa création le temps d’un épisode, pour associer deux de ses personnages évoluant durant la seconde guerre mondiale dans un historique numéro (le #13, comme quoi…), qui voyait l’apparition de Captain America aux côtés du Sergent Fury.
Dans cet épisode intitulé "Fighting Side-By-Side With Captain America & Bucky!" publié en décembre 1964, Captain America et Nick Fury, accompagnés respectivement de Bucky et des Howlers, avaient pour objectif de dynamiter la construction d’un tunnel sous la Manche par
les Nazis (ça ne s’invente pas), ces derniers projetant d’envahir
l’Angleterre. Véritable numéro culte, Captain America, en début
d’histoire, exportait son statut de légende vivante jusque dans les
salles obscures Britanniques dans des exploits filmés reléguant ceux
des Howlers au second plan. L’idée
était bien sûr d’afficher dans les pages de ce numéro, souvent dans
des scènes et dialogues à l’inénarrable potentiel comique, un certain
rejet de Nick Fury à l’égard de la désormais idole étoilée, que le
combat contre un ennemi commun allait bien évidemment faire s’effondrer
dans la tradition du respect militaire et du devoir patriotique. Avec
ce numéro, Jack Kirby concluait en toute beauté son aventure sur le
titre (en continuant d’officier sur l’illustration de quelques covers), tout juste quelques mois avant un fracassant retour dans les pages de Strange Tales sur la série Nick Fury, Agent Of S.H.I.E.L.D,
faisant de cette aventure les fondations d’un univers désormais commun
aux deux personnages et d’une alchimique association de figures
héroïques (au sens le plus noble), qui allait à jamais imprimer
l’univers Marvel.
Marquant la reprise en main du titre par Dick Ayers désormais propulsé dessinateur de la série (si l’on excepte donc le numéro faisant figurer Captain America), "The Death Ray Of Dr. Zemo!", imprimé en juillet 1964, allait également coïncider avec l’arrivée d’un nouveau Howler (définitive celle-là), Percival Pinkerton, un soldat Britannique répondant au surnom sans équivoque de Pinky, objet d’un échange d’amabilité entre Dick Ayers et Stan Lee, ce dernier s’attribuant la paternité de l’idée d’avoir introduit (oui, oui) au sein des Howlers un personnage homosexuel.
Résolument tourné vers l’action avec ce regret de voir désormais certaines considérations sociales passées à la trappe, l’essentiel des premiers épisodes créés par Stan Lee et Dick Ayers ne conservaient de leur trépidante lecture que grâce à la présence de guest historiques comme Adolf Hitler dans "Mission: Capture Adolf Hitler!", de personnages qui s’imposeront plus tard dans le background d’autres héros Marvel, tel le Baron Zemo dans "The Death Ray Of Dr. Zemo!" ou encore de drôles d’idées comme dans "The Blitzkrieg Squad Of Baron Strucker!" où la némésis de Fury, le Baron Strucker, mettait sur pied une équipe de soldats aux caractéristiques identiques à celles des Howlers. Considérant qu’il fallait laisser sans doute du temps à Dick Ayers de trouver ses marques aux côtés de Stan Lee, le meilleur intervint au #18 avec "Killed In Action!" (publié en mai 1965 et bénéficiant d’une superbe couverture de Jack Kirby) dont les événements allaient grandement contribuer à faire du Nick Fury version S.H.I.E.L.D., un héros terriblement solitaire.
Dans ce numéro, Stan Lee et Dick Ayers s’ingéniaient dès les premières pages à faire progresser la dramatique de l’histoire en agitant constamment aux yeux des lecteurs la possibilité d’un rebondissement tragique, articulé autour des sentiments de Fury à l’égard de sa fiancé Pam Hawley (dont il fit la connaissance dans l’épisode #4 : "Lord Ha-Ha's Last Laugh"). L’histoire de Lee et Ayers allait culminer à son point le plus paroxystique lorsque Fury, de retour de mission en Norvège, allait apprendre la mort de Pam, tué lors d’un bombardement ennemi. Sans équivoque le plus poignant et intense numéro produit sur Sgt. Fury & His Howling Commandos, figurant également parmi la réussite la plus incontestable signée de l’ère Lee/Ayers.
Par la suite, puisque conjointement à la série paraissaient dans les pages de Strange Tales les aventures de Nick Fury en tant qu’agent du S.H.I.E.L.D, Sgt. Fury & His Howling Commandos allait concentrer dans les siennes l’explication d’événements se déroulant sur le titre dessiné par Jack Kirby, comme par exemple en dévoilant les origines des raisons qui contraignirent Fury à porter son célébrissime cache-œil, dans "Fury Fights Alone!" (#27).
Bien que Stan Lee quitta l’aventure de Sgt. Fury & His Howling Commandos après 29 numéros (et rejoindre ainsi Kirby sur Nick Fury, Agent Of S.H.I.E.L.D.), l’arrivée de Roy Thomas ne bouleversa pas pour autant le schéma établi par the Excelsior, pour clairement s’emparer de la méthode qu’il allait bourrer de références cinématographiques liés au genre film de guerre. Au côté d’un Dick Ayers dont les progrès se faisaient de plus en plus détonnant, l’on se délectait des inspirations issues de
Ce n’est finalement qu’à l’arrivée de Gary Friedrich comme scénariste, après que Roy Thomas ait occupé le poste durant une douzaine de numéros, qu’un véritable changement allait s’opérer. Si l’idée des missions impossibles confiées par le Capitaine Sawyer à Fury et à ses Howlers perpétuait la tradition du titre, Friedrich n’allait pas limiter le développement de ses histoires au background déjà existant, mais allait user des péripéties militaires du Sergent Fury et des ses hommes pour y laisser poindre certaines résonances politiques dans un pays secoué de l’intérieur (assassinat du Sénateur Kennedy ou de Martin Luther King) et en proie à des doutes et violences extérieures (embourbement des troupes US dans le conflit Vietnamien). Il était donc question d’assassinat de dirigeants politiques des forces Alliées ("The Assassin!" #51), de l’évocation des prisonniers de guerre ("On The Beach Waits Death!" #50 ; "Izzy Shoots The Works!" #54 ; "The Informer!" #57), de la lutte pour les droits civiques ("Gabriel, Blow Your Horn!" #56) ou d’histoires s’élevant au rang de charge antimilitariste ("The Peacemonger!"#64; "The War-Lover!" #45). Intellectualisant le titre plus que ne l’avait fait auparavant Roy Thomas et la période Lee/Ayers ou plutôt, développant des histoires allégoriques sur la situation vécue par le pays alors, Friedrich et Ayers (secondé et épaulé sur certains numéros par l’excellent John Severin) n’oubliait pas de muscler pour autant les pages issues de leur collaboration pour livrer à l’amateur de morceaux de bravoure quelques numéros à l’efficacité bien nourrie. On relèvera parmi ceux-ci la réapparition du Blitzkrieg squad dans "If Britain Should Fall!" (#48, comptant également pour l’une des apparitions les plus bouffonesques d’Adolf Hitler) ; "D-Day For Dum Dum!" (#59), dans lequel l’on assistait à la transformation du Colonel Klaue en un simili super vilain affublé d’une combinaison et d’une main en acier désormais gadgétisé (à la manière du personnage de Torque dans la série Sloane, Agent Spécial avec Robert Conrad) ; "Blood Is Thicker!" et "Liberty Rides The Underground!" (#65 et #66) où Fury, capturé par les Nazis, était confronté à Hitler en personne ; ou encore les explosifs "The Missouri Marauders!" et "Burn, Bridge, Burn!" (#70 et #71). Tout en considérant, bien évidemment, qu’avec un peu moins de 80 numéros à l’actif du duo Friedrich et Ayers, il s’agissait là d’une liste non exhaustive.
De Stan Lee à Gary Friedrich en passant par Roy Thomas, aux illustrations de Jack Kirby, Dick Ayers et John Severin, chacun de ces hommes auront donc contribué de manière impressionnante à faire que subsiste dix ans durant, cet incroyable pari de Stan Lee et Jack Kirby fait, à l’aube de l’année 1963, à un certain Martin Goodman. Une
formidable équipe créative qui fut réuni, à des intervalles différents
mais avec cette cohérence et cette continuité dont peu de comics peuvent se prévaloir d’avoir fait figurer, sur le titre Nick Fury, Agent Of S.H.I.E.L.D.
Equipe qui vit son rang qualitatif grossir, et de quelle manière, par
l’apport d’un homme qui fut pourtant victime d’un premier examen de
passage raté à
A suivre...
Cfury
22 janvier 2009
Steve Gerber et les canards : une histoire d'amour

And Howard the Duck and Mr. Stress [a long-time local bar band ] both stayed
Trapped in a world that they never made
But not me, baby, I'm too precious.
The Pretenders - "precious" (1980)
Dans notre belle contrée, les quelques personnes pour lesquelles le nom de « Howard the Duck » évoque vaguement quelque chose l’associent généralement à ça :
vous pouvez toujours cliquer sur la photo si vous en avez le courage
à savoir « le fameux premier gros bide de George Lucas avec un nain déguisé en canard, Tim Robbins et des effets spéciaux ILM très chers »
C’est à la fois normal (mais on verra pourquoi plus tard) et injuste (et on va vous montrer pourquoi tout de suite)
Difficile toutefois d’aborder Howard (que ce soit le personnage ou le comic-book) sans parler d’abord de son créateur, l’extravagant Steve Ross Gerber.
Steve Gerber, c'est lui
Gerber fait partie de cette génération de scénaristes aux cheveux longs arrivés à Marvel au début des années 70, avec dans le coeur toute la révolte de la jeunesse des années 60, et dans les yeux, l’émerveillement légitime que peut procurer le fait de travailler avec les idoles de son enfance. Il reste cependant un auteur à part.
Certe, il partage avec Roy Thomas (à qui il doit son entrée dans le monde des comics) un amour et une connaissance encyclopédique du média ; certe, comme chez d’autres, cet amour du comic va de paire avec une culture personnelle dépassant largement les limites du genre (l’admiration qu’il porte notamment à Albert Camus marquera toute son oeuvre) ; mais Gerber se différencie de ses camarades par un détail de poids : il est dingue
Steve Gerber, c'est aussi elle
Là où Len Wein, Gerry Conway, Marv Wolfman et un peu avant eux Roy Thomas suivent sans trop dévier les traces laissées par la sainte trinité marvelienne Lee/Kirby/Ditko, Gerber affiche ses tendances iconoclastes et anti-conformistes dès son premier scénario, sa première histoire du Man-Thing dans « Adventure into fear » n°11 en décembre 1972.
Contrairement au Swamp Thing développé par Len Wein (et paru le même mois) chez DC, le Man-Thing n’est pas le sempiternel « monstre-frankensteinien-à-l’âme-déchirée-prisonnière-d’un-corps-hideux » ; il est en fait son exact contraire (Gerber avouant en avoir discuté avec Wein à l’époque où tous deux développaient leurs personnages respectifs) : c’est un tas de boue en mouvement, dénué de parole et de pensée, dont les seules émotions découlent de l’empathie qu’il développe avec son entourage. A l’instar du Meursault de « l’étranger », assassin parce jouet des circonstances, Man-Thing est ballotté par des évènements qui lui échappent totalement et dont il n’est d’ailleurs jamais le véritable héros. Du fait de sa nature, il partage également avec le héros de « l’étranger » cette acceptation froide et insensible des évènements que Gerber décrit dans un style neutre et distant directement hérité de Camus, avec toutefois une touche d’humour toute personnelle conférant à ses histoires plusieurs niveaux de lecture...
Ainsi, avec le personnage de Wundarr (« AiF » n°17), il répond à la question de savoir ce qui se serait passé si Ma et Pa Kent n’avaient jamais osé ouvrir la fusée de Kal-El (réponse : un surhomme de 21 ans à l’intelligence de bébé) et dans « Giant-Size Man-Thing » (rien que le titre est déjà un gag) n°3 il créé le Foolkiller, une espèce de sosie de Zorro qui ne tue que les idiots (ou du moins ceux qu’il considère comme tel). C’est ce même sens de l’absurde qui sera à l’origine de la création de Howard dans "AiF" n°19 (décembre 1973), Gerber pensant certainement qu’un canard portant veste et chapeau et fumant le cigare ne jurerait pas tant que ça dans un récit fantastique à base de démons et de guerriers se matérialisant dans du beurre de cacahuète.
Bref. Ce canard sans nom n’était initialement pas destiné à durer dans le marvelverse, et, conformément aux instructions de Roy Thomas, Gerber et son dessinateur Val Mayerik s’en débarrassent au bout de quelques cases (traduction : il le font tomber dans les limbes, vers une mort quasi-certaine).
Ce sont les réactions des lecteurs (et notamment la réception d’un colis contenant une carcasse de poulet
avec l’inscription « murderers ») qui donne à penser à Gerber qu’il y a là un potentiel à exploiter. Et donc, après deux apparitions en back-up dans Giant-Size Man-Thing 4 et 5 en 1975, sous le crayon de Frank Brunner, Howard obtient son propre magazine en janvier 1976, avec toujours Brunner au dessin. Gerber semble un temps à la recherche d’une orientation à donner à la bande, et en attendant que l’inspiration lui vienne, s’adonne à la parodie avec plus ou moins de succès : ainsi, pour une Bessie the Hellcow de haute volée, on a droit à un Pro Rata the Cosmic Accountant plutôt lourdingue ; et pour un Space-Turnip bien sentit on a ensuite droit à un épisode agréable mais tenant plus du fill-in, parodiant « Deadly Hands of Kung fu » et toute la mode du ciné HK des années 70.
Comme d’habitude la série sera prétexte à Gerber pour truffer ses histoires de clins-d’oeil personnels (Arthur Winslow, le geek avant l’heure victime du Space Turnip est inspiré de son ami Don Mac Gregor, lui même scénariste chez Marvel ; le nom de Beverly Switzler, la « petite amie » de Howard, lui a été inspiré par l’université d’ou sortait son amie et collaboratrice Mary Skrenes, et l’agression qu’il dépeint dans HdT n°3 est un évènement dont lui et Skrenes auront été témoins peu de temps avant). Mais « Howard the Duck » prendra son véritable essor avec l’arrivée de Gene Colan au dessin. Avec ce dessinateur au style unique, combinant un réalisme très poussé à une narration ultra dynamique, Gerber sortira enfin la bande de la simple parodie pour l’amener vers des rivages bien plus ambitieux où l’introspection se mêlera au discours politique et à la critique sociale.

Et les choses commencent très fort puisqu’en cette année 1976 de bicentenaire des USA Gerber décide ni plus ni moins de présenter Howard à l’élection présidentielle. Il parsème le comic d’annonces, de pubs, d’interviews et de déclarations de soutient de la part des héros Marvel, et offre même la possibilité à chaque lecteur d’afficher son soutient au canard en commandant son badge officiel « Get Down America ! howard the Duck 1976 » mesurant 5 cm dans toutes les directions sauf en épaisseur (les chèques seront à adresser à Gerber, devenu responsable communication du candidat).
Et le succès est au rendez-vous, à la fois dans le comic, où le candidat Howard commence à rassembler plus d’intentions de meurtre que ses concurrents Carter et Ford, ce qui est parait-il un bon indicateur d’impact média aux USA, et en dehors, puisque de plus en plus de lecteurs et d’étudiants arborent fièrement le badge devenu collector ; Gerber peut se féliciter d’être à l’origine d’un happening mélangeant réalité et imaginaire jusque là sans équivalent dans le monde de la BD et les interview qu’il accorde au Washington Post, au New York Magazine et même à Playboy témoignent de la popularité de la bande à cette époque.
Le succès est tel que Marvel, complètement à coté de la plaque, voudra en profiter pour sortir deux autres bandes « cartoonesque » (Midas, the Million-Dollar Mouse et Super Rabbit, the Marvel Bunny).
C’était oublier à quel point Howard est tout, sauf un personnage de cartoon. 
Il devient rapidement évident que le canard est peu à peu devenu le double de papier de Gerber (d’ailleurs habitué du procédé et étant allé jusqu’à apparaître en personne dans le n° 20 de Man-Thing) au travers duquel le scénariste partagera avec le lecteur sa conception de la vie, de la politique, de l’humour ainsi que certains états d’âme bien plus personnels.
Le laborieux (et unique) « Howard the Duck Annual » qui voit le retour au dessin de Val Mayerik témoigne
du chemin parcouru par la bande depuis l’arrivée de Colan. Avec ce dernier, le comic-book a peu à peu acquis une véritable dimension surréaliste (une fois le sempiternel « you’re... a duck » prononcé, personne ne semble vraiment troublé par le fait qu’Howard soit effectivement un canard) teintée d’un sens de l’absurde que Gerber, devenu entre temps editor du mag, aura certainement été puiser chez Camus ; bien plus cultivé et pourvu de sentiments plus profonds que ne laissent le supposer son mauvais tempérament et ses coups de gueule, Howard apparaît en définitive comme le seul personnage sain d’esprit dans un monde de fous (thème déjà abordé par Gerber dans un épisode des "Gardians of the Galaxy" où les gardiens atterrissent sur une planète au mode de vie étonnement similaire à celui de l’Amérique des années 70, qui se révèlera n’être qu’un immense asile de fous) ; rien d’étonnant dès lors qu’il passe par des périodes successives de rebellion et de dépression décrites avec une authenticité troublante par Gerber.
La série atteint son sommet avec l’entrée en scène fracassante du redoutable Docteur Bong, destiné à
devenir la némésis d’Howard. Ancien journaliste ayant développé une conception toute particulière de la déontologie applicable à sa profession (son vrai non est Lester Verde, clin d’oeil aux biens réels Lester Bangs et Bob Greene), Bong est un croisement entre le docteur Doom et le docteur Moreau. Particulièrement puissant (il peut transmuter les animaux, faire pleuvoir des rochers sur un paquebot et créer des cygnes volants en béton), il n’en reste pas moins un abruti incapable de dépasser sa fixation pour Beverly (dont il est amoureux depuis la fac) et sa jalousie envers Howard. Après le mythique numéro 16 qu’il ose interrompre au bout de 2 pages pour disserter sur sa fatigue physique et nerveuse, Gerber entame un arc s’annonçant particulièrement long, et débutant sur la séparation d’Howard, un temps transformé en « Howard the Man » par Bong, et Beverly, qui accepte d’épouser ce dernier en échange de la vie de son (petit ?) ami à plume.
Howard connaît alors une série d’aventures en solitaire qui sont autant d’occasions pour lui de se faire de
nouveaux amis (dont notamment Beverly Switzler, l’oncle de Beverly !) et de nouveaux ennemis (la secte S.O.O.F.I., le ringmaster et son cirque du crime) et culminant avec un numéro 24 au titre superbe , « comme passer son temps la nuit après avoir sauvé l’univers ? », prétexte à une longue déambulation nocturne d’Howard dans un New York peuplé de farfelus et d’underdogs dont Gerber à le secret, magnifiquement illustrée par un Colan décidément maître dans la description des ambiances urbaines.
Les sub-plots s’attardant sur la vie de couple de Bong et Beverly laissent à penser que Gerber a une idée précise de la façon dont il va faire évoluer la bande... mais personne ne saura jamais exactement laquelle.
En effet, les relations du scénariste (déjà estampillé « difficile à gérer »), avec marvel déclineront encore avec l’arrivée du bien nommé Jim Shooter (qui fait vraiment peur sur la photo à gauche) au poste d’editor-in-chief ; sans compter que Gerber considérait de plus en plus sérieusement l’option de porter devant les tribunaux le différent qui l’opposait à la maison aux idées concernant le paiement de leurs salaires à Colan et à lui pour le strip « howard the Duck » qu’ils animaient tous les deux en parallèle au comic-book. Du jour au lendemain, et après avoir uniquement supervisé les scénarios après le n°27, Gerber est donc viré avec pertes et fracas de chez marvel, dépossédé d’une série qu’il avait depuis longtemps cessé de considérer comme un banal « work for hire ». La bande tombera entre les mains de Bill Mantlo qui apportera une conclusion aussi brutale que décevante à la saga du docteur Bong, uniquement sauvée par les dessins de Colan. Le même Mantlo présidera ensuite à la destinée du magasine noir et blanc « Howard the Duck », projet initié à l’origine par Gerber. Le comic-book se sera entre temps arrêté au numéro 31.

Gerber ne reconnaîtra jamais la légitimité des épisodes d’Howard postérieurs au n°27 et critiquera sévèrement le manque de courage de Marvel, terrifiée par les menaces de procès de la part de Disney au point d’accepter toutes les demandes et modifications que ceux-ci préconiseront ; adieu donc aux ventes à l’étranger du comic-book, et au revoir le Howard original, remplacé par « un canard au bec enflé et aux yeux tombants affublé d’un pantalon qui le fait ressembler à une épave » (dixit Gerber lui-même).
Ceci dit, Gerber n’en n’a pas pour autant fini avec Howard (et les canards en général). Dès 1978, alors que le comic paraît toujours, il assigne marvel devant les tribunaux fin d’obtenir des droits sur le personnage. En 1982, pratiquement mis sur la paille par ses frais d’avocats, il s’associera avec nul autre que le grand Jack Kirby, lui aussi en procès avec Marvel ; ensemble il créeront pour « Eclipse Comics » le premier comic-book destiné à financer une action en justice : le fameux Destroyer Duck.
"Destroyer Duck" raconte la venue dans notre monde d’un autre canard, Duke « destroyer » Duck, pour venger son ami, « Little Guy », disparu il y a plusieurs années et dont on apprendra qu’il est tombé dans les griffes d’une multinationale sans scrupule qui l’aura exploité de toute les manières possibles jusqu’à semble-t-il le tuer. La bande, ultra violente et vraiment drôle, sera ainsi prétexte à Gerber et Kirby pour tirer à boulets rouges sur Marvel et certaines pratiques en vogue dans le monde de l’édition.
La longue bataille juridique ne finira qu’en 1985, par un compromis dont les termes resteront toujours secrets ; pour tout commentaire, Gerber avouera seulement qu’il a eu à renoncer à plus qu’il n’aurait voulu, mais comme il en était de même pour Marvel, il s’en contenterait.
Quoiqu’il en soit, toujours est-il qu’au terme de cet accord, Howard continuera à être exploité par Marvel... qui propose à Gerber de s’occuper de la suite des aventures du canard, prouvant par là qu’elle n’est pas rancunière. Gerber se proposant d’effacer purement et simplement tout ce qui a été écrit sur Howard en son absence (en gros, tous les numéros à partir du 27 et tous les magasines en noir et blanc) Jim « le bien nommé » Shooter fera capoter le projet. L’attitude de Gerber est toutefois compréhensible, tant Bill Mantlo aura eu la main lourde avec ce titre, la faisant régresser au niveau d’un « funny animal » lambda avec des concepts aussi subtils que « Ducktor Strange », « Truman Capoultry » et « Duckschwitz ». Cerise sur le gâteau, Mantlo fera aussi rapidement voler en éclat toute l’ambiguité que Gerber s’obstinait à maintenir concernant les rapports entre Howard et Beverly...
Gerber aura cependant l’occasion de prendre sa revanche en 1996, alors qu’il travaille à la fois à l’écriture
d’un team-up entre Savage Dragon et Destroyer Duck pour Image Comics et sur un autre entre Spider-man et Howard pour Marvel. Sur une suggestion d’Erik Larsen, il en profitera pour innover encore une fois en matière de détournement ; sans trop déflorer l’intrigue, disons qu’au terme d’un crossover « pirate » de quelque cases, Savage Dragon et Spider-man regagneront chacun leur univers respectif avec celui qu’ils pensent être le vrai Howard, mais pour lecteur, il ne fait aucun doute que Steve Gerber a récupéré le personnage dont il avait été dépossédé 11 ans plut tôt, même s’il aura fallu pour ça modifier son nom et son apparence.
Après une mini-série de 6 épisodes écrite en 2001 pour la ligne « adulte » MAX comics de Marvel, Steve Gerber devait encore croiser la route d’Howard une dernière fois, en 2008, à l’occasion de la sortie du luxueux album Omnibus reprenant les 31 numéros d’ « Howard the Duck ». C’est de son lit d’hôpital qu’il rédigera le 16 janvier 2008 la préface de l’anthologie, alors qu’il suivait un traitement contre l’infection pulmonaire qui l’emportera quelques jours plus tard, le 10 février .
Plus que par son style pourtant inimitable ou son combat contre les majors pour les droits des auteurs en matière de propriété artistique, Gerber restera d’abord l’homme qui aura rendu à la BD américaine un esprit subversif et une virulence dont le comic-code l’aura dépouillé 20 ans plus tôt, ouvrant la brèche dans laquelle s’engouffreront Alan Moore, Grant Morrisson et Frank Miller dans les années 80 (Il y a un peu de ses Defenders dans les héros paumés des Watchmen, un peu de « destroyer Duck » dans le combat que mènent les « invisibles » de Morrisson...) .
L’histoire (la vraie, celle qui privilégie le talent aux effets de modes ou de manches) ne devrait pas tarder à le sortir de l’ombre de ses talentueux héritiers et lui accorder la place qu’il mérite vraiment.
MechaG.
09 décembre 2008
Iron Man : Enter the Mandarin
La bonne surprise que voilà ! Enfin, plutôt une demi surprise dans la mesure où Joe Casey a déjà démontré qu’il était très à l’aise avec le personnage d’Iron Man (« Iron Man The Inévitable » avec Fraser Irving aux dessins, certainement le meilleur arc consacré à tête de fer ces dernières années) et de manière plus générale quand il s’agit d’évoquer les « grands anciens » du comic book (le très kirbyesque « Godland » chez Image).
« Enter the Mandarin », reprend en 6 épisodes la première empoignade d’Iron Man avec le Mandarin ; c’est donc à un retour en arrière de 45 ans que nous convie le tandem Casey/Canete, quand Iron Man faisait les beaux jours de « Tales of Suspense », dans des aventures encore limitées à 13 pages (l’autre vedette du magasine étant Captain America), généralement sous la plume du très (trop) sous-estimé Don Heck.
Premier constat et première joie : plutôt que de jouer la carte du relaunch pur et dur façon ultimate et faire table rase du passé, Casey y va à fond dans la nostalgie et l’hommage au silver age : Tony Stark redevient une copie à peine dissimulée de Howard Hugues telle que l’avait voulu Stan Lee en 1963 et Iron Man arbore pendant un bon moment la vieille armure au masque facial pointu qui a précédé la traditionnelle rouge et or.
Mieux : c’est tout le background de l’époque qui revient, à tel point que le lecteur découvrant le perso (ou n’ayant pas acheté l’intégrale « Iron Man » parue chez Panini il y a quelques mois^^) risque de passer à coté des nombreuses références ou clins d’oeil disséminés ça et là par un Casey qui semble se faire énormément plaisir : le SHIELD nouvellement créé n’a pas encore à sa tête Nick Fury, Happy Hogan et Pepper Potts se chicornent comme au bon vieux temps, la Dynamo Pourpre et la Veuve Noire font des cameos et des vilains de secondes zones aujourd’hui disparus comme le Scarecrow ont à nouveau droit à leur ¼ d’heure de gloire ; certaines scènes, comme la visite des dignitaires chinois au Mandarin, sont carrément reprises à l’identique des pages du « Tales of Suspense » n° 50.
La différence avec un « Earth’s Mightiest Heroes », évocation verbeuse des premières années sur laquelle Casey s’était un peu cassé les dents, c’est que « Enter The Mandarin » arrive à concilier le respect du matériau de base avec un récit riche en action et en rebondissements.
De son coté, Canete arrive à accomplir le même exploit niveau dessin ; son style plutôt européen (aux antipodes en tout cas du look high tech traditionnellement en vogue sur Iron Man) et son respect d’une narration « à l’ancienne » (chaque planche est rigoureusement découpée en quelques cases d’où ne déborderont jamais les dessins), ne l’empêchent pas de livrer une bande bourrée d’énergie où l’histoire file à 100 à l’heure, ponctuée de bastons riches en échanges de coups et décors dévastés.
De quoi nous laver définitivement les yeux des peintures belles mais statiques d’un Ady Granov où le vengeur doré met 3 cases à décocher un rayon.
Mechagodzilla
19 novembre 2008
The Invicible Iron Man : Doomquest
Puisqu’à l’occasion de la sortie en DVD zone 2 du film réalisé par Jon Favreau, une véritable Ironmania s’est abattu sur
Cette histoire c’est celle publiée dans les numéros 149 et 150, puis 249 et 250 de la série régulière de "tête de fer", pensée par la doublette historique sur le titre, David Michelinie et Bob Layton, et dessinée respectivement par John Romita Jr puis Bob Layton. S’il y’a d’ailleurs bien une chose que je vais avouer, c’est que si je ne peux que reconnaître l’influent travail de Layton sur Iron Man (c’est peu de le faire remarquer), je n’ai jamais été sensible au coup de crayon de ce dernier que je trouve au pire catastrophique (Marvel Superheroes : Secret Wars), au mieux passable (sur The Invicible Iron Man) et donc forcément, jamais efficace. Par conséquent, c’est bien à propos des épisodes mis en image par John Romita Jr que l’essentiel de l’article reposera, épisodes qui étaient dans l’idée de toute façon supérieur à ceux qui suivront une centaine de numéros plus tard.
Mais à quoi tenait donc l’originalité de ces épisodes pour ne dégager, sur un peu plus de 50 ans d’action, de rebondissements et de drame, qu’une aventure de la série ? L’inédit émeut toujours et dans le genre, cette histoire qui confrontait pour la première fois -aussi surprenant que cela puisse paraître- Iron Man au Docteur Fatalis, affichait la gageure d’exercer une solide attraction sur le lecteur qui n’allait pas, une seule fois durant, décoller le nez des pages de son comic. C’est donc à partir d’un banal détournement de cargaison des entreprises Stark très rapidement enrayé par Iron Man, qu’allait se développer l’histoire qui le mettrait aux prises avec le Docteur Fatalis. En fait destiné à
Autant donc que l’inédite confrontation entre ces deux inventeurs de génie (illustré par une formidable planche dans le #150, dans laquelle s’affrontait les compétences scientifiques des deux hommes), l’introduction d’Iron Man et du Docteur Fatalis dans l’univers Arthurien conférait à Doomquest et à sa suite un parfum de légende, de magie et d’aventure que la présence des héros de Marvel allait élever au genre fantasy hi-tech. Un univers au sein duquel le Docteur Fatalis volait d’ailleurs la vedette à Iron Man tant, sous le trait des exceptionnels dessins de John Romita Jr, la majesté de Victor Von Fatalis communiait avec Camelot comme aucun autre personnage issu de l’univers Marvel ne l’avait fait avant lui. Sa présence reléguait donc celle d’Iron Man au second plan, préjugeant d’une véritable déclaration d’amour faite par Michelinie et Layton au plus grand vilain du Marvelverse.
Quand bien même Tony Sark et son alter ego éprouvait donc quelques difficultés à exister face à Fatalis, l’histoire ne présenterait sans doute que peu d’intérêt sans l’alchimique combinaison des deux personnages qui donnait l’occasion de confronter, dans de parfois cocasses situations, leurs "pouvoirs" technologiques aux armes moyenâgeuses et à la magie de de la fée Morgane. Et c’est aussi dans ce rapport de force et de compétences entre les deux hommes et le symbolisme contenu dans ces armures des temps modernes propulsé au Moyen-âge, que se dégageait des cases une certaine exaltation à leur lecture. Et puisque cela m’avait été fait remarqué il y’a fort longtemps sur un forum par le camarade Hutch, on relèvera, qu’en plus de s’être inspiré des films de Bert I. Gordon, Sam Raimi c’est très certainement délecté de l’arc créé par Michelinie, Layton et Romita Jr pour imaginé son Army Of Darkness, notamment dans la relation et l’anachronisme des événements développés entre les personnages de Camelot et ceux de chez Marvel, mais aussi dans la confrontation finale qui opposera Iron Man et les hommes du roi Arthur à l’armée des morts élevée par la fée Morgane et emmené par Fatalis.
27 ans après, la jubilation de relire les épisodes #149 et #150 demeure inchangée, et ce n’est sûrement pas la tentative de Micheline et Layton, 8 ans plus tard, de propulser Iron Man et le Docteur Fatalis dans un Camelot du futur, dans un arc qui se constituera plus ou moins la suite du récit de 1981, qui modifiera la donne.
On notera qu'il est désormais possible de retrouver les deux arcs écrits dans les années 80 dans le TPB Doomquest, trouvable notamment sur Amazon et que le mois dernier est paru le dernier acte, toujours sous la houlette scénaristique de Bob Layton et David Michelinie mais dessiné par Ron Lim, dans un titre appelé Legacy Of Doom.

Cfury
03 novembre 2008
Captain Carrot & His Amazing Zoo Crew!
Ouais, je vous vois venir. Même dans
les comics, les clichés ont décidément la dent dure, alors parce qu’il serait
dommage de snober des personnages qui sous leur aspect "cartoonesque"
développait des histoires aussi solides que les super-héros dont ils étaient la
déclinaison animalière, retour sur une création née de l’imagination de Roy
Thomas et dessinée par Scott Shaw dans les années 80, Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew! Cette série, dont les
personnages apparurent pour la première fois dans un épisode pilote publié dans
The New Teen Titans#16 avant de
bénéficier quelques mois plus tard de son propre mensuel, allait ainsi
perpétuer une certaine tradition des éditeurs de comics pour les personnages de cartoon
mangés à la sauce des super-héros, apparue dès les années 40 avec Mighty Mouse.
Cette petite souris surpuissante affublé des mêmes couleurs que son modèle
Kryptonien (avant de virer à la tunique jaune et rouge), s’installa dans les
foyers Américains par l’intermédiaire d’un dessin animé (qui fut d’ailleurs
diffusé chez nous vers la fin des 70’s) avant de finir dans les pages d’une
série régulière éditée par Timely Comics.
Profitant de l’engouement du public pour les petites bestioles à costume,
d’autres éditeurs emboîtèrent rapidement le pas à Timely Comics, comme Fawcett
Comics qui livra, avec Hoppy The Marvel Bunny, un décalque léporidé de
Shazam, ou encore Archie Comics qui
offrit à ses lecteurs Super Duck, un canard au coup de crayon quasi-identique
au Donald Duck de chez Disney, et qui devait ses superpouvoirs à l’absorption
de vitamines. De son côté, DC Comics
attendit l’été 44 pour publier dans Funny Stuff
les aventures de The Terrific Whatsit,
une tortue dotée de super-vitesse au look du Flash de
Si pour d’obscurs raisons le projet fit long feu (on a parlé d’un problème de droits lié aux personnages originaux de la JLA, notamment pour Superman et Batman), le pitch, lui, fit son chemin dans les couloirs de la direction de DC pour que Jenette Kahn, l’éditrice d’alors, propose aux deux hommes de conserver le concept en évitant toutefois d’y reproduire les héros de la JLA. Regonflés à bloc, Roy Thomas et Gerry Conway travaillèrent sur une nouvelle mouture de leurs fantasques personnages dont ils proposèrent la mise en image à leur ami Scott Shaw, transfuge de chez Hanna-Barbera. C’est ainsi, que de la même manière qu’il existait une Terre-S, Prime ou X, Terre-C (C pour cartoon évidemment) allait accueillir l’univers créé par les trois compères.
Bourré d’action, référentiel mais digeste, efficace, drôle,
il va s’en dire qu’il apparaît urgent de vous jeter rapidement sur les
aventures du Zoo Crew de Roy Thomas et Scott Shaw, Zoo Crew qui fit par ailleurs
une dernière apparition, anecdotique celle-là, en 2007 dans une mini-série de 3
numéros intitulée : Captain Carrot And
the Final Ark! Mais au fait, et la concurrence dans tout ça ? Si chez Eclipse
Comics on publia le premier numéro de The
Destroyer Duck en Mai 82 (soit quelques mois après celui de Captain Carrot And His Amazing Zoo Crew!)
sous la plume conjointe de Steve Gerber et du King, à Marvel, on
attendit plus d’un an pour diffuser, avec panache, les aventures de Peter Porker, The Spectacular Spider-Ham. Mais ceci est une autre histoire…
Cfury
25 octobre 2008
Les Eternels
Série créée en 1976 par Jack Kirby pour son grand retour chez Marvel
après un passage chez le Distingué Concurrent artistiquement brillant,
mais qui n'a pas connu le succès escompté en termes de ventes (même
s'il semblerait que la déconvenue soit due en partie au contexte de
publication mais je m'égare), Les Eternels peuvent être considérés de prime abord comme une réponse aux New Gods et à l'univers du Fourth World développés chez DC, le titre original (Return of the Gods
refusé pour un problème de droits) et l'intrigue (deux factions de
Dieux héroïques et démoniaques se livrent une guerre aussi fratricide
qu'incognito depuis des lustres : certains vont se dévoiler au grand
jour et les humains vont devoir choisir leur camp) pouvant prêter à
confusion.
Hors, c'est dans ces différences avec l'univers du
Fourth World, plus que dans sa publication assez fugace (19 numéros et
un annual, mais on verra que seuls les 13 premiers développent vraiment
le concept) que Les Eternels surprennent et intriguent.
A
l'instar de ces dernières productions, l'univers créé par le King est
foisonnant et les personnages sont légion, or, étant donné l'accueil
réservé aux New Gods, il va tenter d'expliquer dès les premiers
numéros les tenants et aboutissants de la série, sans pour autant
pouvoir retenir son imagination débordante.
Ainsi, on apprend
très vite que les Humains sont l'une des trois espèces créés par des
Dieux de l'Espace (les Célestes) : des créatures gigantesques en armure
les faisant ressembler à des mechas, qui parcourent la galaxie pour
juger et détruire, dans certains cas, les planètes.
Venus par
trois fois sur la Terre : ils ont dans un premier temps créé l'Homme,
les Déviants (une race monstrueuse aux gènes en constante instabilité
et qui n'engendre aucun être semblable) et les Eternels (des surhommes
immortels qui décidèrent de vivre reclus et dont les timides
apparitions devinrent la base des mythologies humaines).
Dans un
second temps, les Célèstes revinrent sur Terre pour la découvrir
gouverner par les Déviants depuis leur capitale : Lemuria. Attaqués par
ces derniers, les Célestes ripostèrent à coups de bombes
thermonucléaires et créèrent le Déluge Biblique. Un Eternel, Ikaris
aida alors les Humains, délivrés du joug des Déviants, à survivre.
Ce
même Ikaris accompagne dans les premiers numéros le Dr Damian, un
archéologue, et sa fille, Margo dans l'exploration des ruines d'un
temple Inca qui servit à communiquer avec les Célèstes lors de leur 3e
visite... C'est lors de ses fouilles, qu'il doit faire face au seigneur
des Déviants, Kro, venu avec ses troupes dans ce temple pour attendre
le 4e équipage des Célestes et se venger de la destruction causée à son
peuple, par ces Dieux de l'Espace.
Contraint de révéler son
identité Ikaris sauve le Dr Damian et sa fille et retrouve son compère,
Ajak, enfermé depuis des lustres dans le temple après avoir aidé les
Incas à communiquer avec les Célèstes...
Alors que le 4e équipage
arrive et que leur chef (Arishem) se poste au-dessus du temple pour se
préparer à 50 ans de jugement de notre planète, Ajak et le Dr Damian
décide de rester à les observer tandis qu'Ikaris emporte avec lui Margo
à New York où les attend Sersi, mais également Kro qui s'est échappé et
se fait passer pour le Diable de retour sur Terre afin de profiter de
la crédulité des hommes et de leurs craintes ancestrales (et très en
vogue dans les 70s, années de l'Exorciste et la Malédiction).
Pour les humains comme le lecteur c'est énorme et nous n'en sommes qu'au troisième numéro...
Bien
que Kirby ait voulu établir une exposition claire des enjeux, très vite
, on le sent de nouveau motivé par le besoin de multiplier les
péripéties, l'action (les batailles rangées en plein New York), les
idées folles (les Eternels répondant aux questions d'étudiants en plein
campus, des Eternels "nordiques" font partie des hautes instances
soviétiques depuis des années afin d'empêcher l'URSS de se lancer dans
une guerre nucléaire), les personnages (on découvre la cité sous-marine
des Déviants où combattent les gladiateurs Karkas et "Le Rejet",
Olympus, la cité des Eternels avec Zuras, Sprite, Théa et Makkari) et
leurs liens (Thea, la fille de Zuras, et Kro ont été amants, elle prend
sous son aile les deux gladiateurs, Sersi s'ammourache d'un professeur
d'université qui participe avec Margo au grand rituel des Eternels : la
fusion en un seul être : l'Uni-Mind).
Cette énergie inventive et
ce déferlement psychotronique se retrouvent dans le trait puissant du
King qui devient de plus en plus imagé... Si le Fourth World,
même encré par Vince Coletta, démontrait une certaine rigueur dans la
construction, un soin apporté à tous les niveaux, notamment au
découpage qui faisait avancer l'intrigue sans perdre le lecteur, Les Eternels multiplie les effets gigantesques : les machineries délirantes, les rayons d'énérgie crépitant, le Pouvoir
matérialisé sous de nombreuses formes : Robots Cosmiques, monstres
protéiformes mélangeant ménagerie et pur délire visuel, Super-héros
"babs" aux costumes volontairement complexes et pouvant exploser, se
téléporter, irradier, muter... sans d'autres outils que leur volonté.
A
l'inverse des héros du Fourth World, qui utilisaient une technologie
alien omniprésente (la Mother Box, les Boom-tubes, l'astro-cycle
etc...) et livraient un combat aux enjeux dantesques (l'équation de
l'"Anti-Vie"), les Eternels et les Déviants semblent aussi perdus que
les Humains face à l'arrivée du 4e équipage et ce jugement divin
inscrit littéralement sur le pouce d'un d'entre eux. Qu'il le lève ou
le baisse et c'en est fait de la Terre...
A contrario du
déploiement de puissance physique et énergique présente dans toutes les
pages, le scénario et la finalité des Eternels reste centré sur
l'introspection des Humains et des Demi-dieux sur leur propre devenir,
d'où ces pages descriptives des arrivées des Célestes à différents
endroits de la Terre, et cette propension des héros à rejoindre leur
foyer, leur famille où des endroits d'observation confinés (le temple
inca, l'arène des gladiateurs, l'appartement où réside Zakka un Déviant
qui fait téléporter un monstre... dans son propre appartement !)...
Cette
course vers l'inconnu culminant avec l'épisode 13 où aucun héros des
précédents numéros n'apparait : les Eternels méditant dans l'Uni-mind,
c'est un "Héros oublié" qui va devoir sauver des astronautes confrontés
à une navette de Déviants chargée d'une bombe visant le vaisseau des
Célèstes.
C'est sans aucun doute ces revirements constants dans
les péripéties qui emmèneront les editors du titre à demander à Kirby
qu'il place Ikaris comme héros récurrent des épisodes 14 à 19.
Visiblement produits à la va-vite, les numéros suivants opposent Ikaris
à une marionette de Hulk animée par la faute de l'Uni-mind (et d'un
résidu d'explication foireuse capillotractée) et permettent de mettre
d'accord Marvel et le King. Ce dernier ne voulant pas insérer les
Eternels dans la continuité Marvel de l'époque (malgré des références
au SHIELD de Nick Fury dans le n°10*), il est obligé d'inclure le Géant
Vert, sa création connaissant alors une certaine gloire grâce à sa
série TV, on considère que les télespectateurs vont se ruer sur ce
comic-book souffreteux qui se verra annulé quelques mois plus tard.
*coïncidence amusante, Grant Morrison s'est servi également du SHIELD pour la série Marvel Boy qu'il désirait également hors-continuité.
Coincé
entre la volonté de trop embrasser (et donc de mal étreindre) un sujet
qu'il avait déjà envoyé au casse-pipe chez DC et l'envie de poursuivre
ses interrogations sur les mythes et le besoin d'imaginaire de l'être
humain, le King a réussi néanmoins au travers d'une bonne douzaine de
numéros de faire progresser son art et de reculer une fois encore ses
propres limites : l'antagonisme Eternels/Déviants apparaissant moins
manichéen que l'opposition New Genesis/Apokolips (le leader des
Eternels, Zuras évoque un Orion ayant accédé au statut d'Highfather),
les personnages de Thea, le Rejet, Karkas et Kro sont autant de
versions de surhommes qui s'élèvent au-delà du bien et du mal et
testent constamment leur propre Nature qu'elle soit belliqueuse ou
protectrice (un questionnement qui réapparaîtra dans le traitement des
Dieux d'Asgard,dans Earth X de Jim Kruegger et Alex Ross).
Et
l'amitié (le désir ?) de Sersi pour le Dr Sam Holden montre que la
vénération peut être interchangeable : en cette fin des années 70,
l'heure n'est plus au "combat final" pour l'Humanité mais à
l'exploration de ses propres limites comme le montre l'excellent
épisode 13, dans lequel astronautes américains, kamikazes déviants et
l' "Eternel Oublié" répondent chacun à leur manière à LA grande
question du King : qu'est-ce qu'un héros ?
Hutch
le top 10 des séries Marvel entre 1990 et 2000












10.
THOR (volume 3) de Dan Jurgens et John Romita Jr
Comme n'importe quel amateur de comics normalement constitué, j'ai soufflé de
soulagement après l'annonce du projet "Heroes Return", en 1997, qui
permettaient de rammener au bercail les anciennes gloires de la Maison aux
Idées après un passage sous les pinceaux des sinistres Liefeld et Lee pour
cette bouzasse innomable qu'était Heroes Rebeurgggglllaaaaaaaaaaahhhh.. désolé,
un remugle vient de poindre...
malgré tout je n'attendais pas grand-chose du relaunch (tardif par rapport à Iron
Man, les Avengers et les Fantastic Four) d'un des héros qui
m'intéressaient le moins. Or, en reprenant les rênes de la série , Dan
"Death of Superman" Jurgens livre un petit manuel sur comment pondre
une série Marvel : un alter égo au passé trouble et à la profession
contraignante (la superbe trouvaille de l'urgentiste Jake Olson), une
alternance ente l'ambiance new-yorkaise (avec un animateur radio
casse-couilles) et le fantastique à la Kirby (qu'est-il advenu d'Asgard ? qui
sont les autres dieux maléfiques ?) et des ennemis plus retors que jamais
(Magog, Loki, l'Homme Absorbant, Thanos et mon chouchou : le Destructeur).
Encore aujourd'hui une des séries les plus plaisantes que j'aime à relire.
9. ![]()
MARVELS de Kurt Busiek et Alex Ross
En 1994, dans les pages des magazines Marvel, il n'y avait rien. Du clone, des
Ghosts Riders, des Punishers, des conneries avec des mutants... rien. Et puis
la lumière fut... celle d'une Torche humaine qui embrasait une couverture : la
1e d'une mini série en quatre parties dans laquelle les auteurs se souvenaient
que, fut un temps, Marvel produisait des histoires... qui plus est de bonnes
histoires... qui plus est des histoires mythiques...
Bref Marvels devient bien vite la mini référence des vieux cons mais
déborde même de ce cadre pour devenir une étude intéressante de la perennité de
ces comics des années 40 à 70 (redessinés par un Alex Ross qui ne se prenait
pas encore pour Dieu ou ce qui se fait de mieux après) soutenu par un récit
humain d'un Kurt Busiek jamais aussi bon que lorsqu'il s'attache à dépeindre m.
Tout-le-monde.
Prise de conscience de ce vers quoi tendre, Marvels va être une des
premières marches vers la sortie des années golmons pour la Maison aux Idées de
Jack, Stan, Steve et bien d'autres.
8.![]()
KA-ZAR de Mark Waid et Andy Kubert
Non, je vous assure, je suis pas complètement fou et je ne moque pas de vous.
Pendant que cet imbécile de Bob Harras sous-traitait ses personnages à des
gredins sus-cités, les auteurs maisons devaient faire avec ce qu'ils
pouvaient... En l'occurence, Waid éjecté de Captain America sur lequel
il accomplissait un boulot remarquable (mais n'alllez pas tout de suite
jusqu'au n°1, je vais pas vous ruiner la surprise) doit se rabattre sur le
sosie de Supermurgeman de la firme : ce bon vieux Lord Kevin Plunder,
seigneur de la Terre Sauvage, une "création originale" dont même
Warren Ellis aurait honte, et l'envoie dans une aventure barrée au cours de
laquelle il va devoir réapprendre la vie sauvage (il est obsédé en début de run
par la modernité alors que sa moitié, Shanna la diablesse, qui vient des States
ne veut plus en entendre parler), se friter avec son demi frère et ses ambitions
financières, affronter Thanos (en gros David contre Goliath et son tromblon
nucléaire) et devoir supporter le fait que sa femme devienne l'émanation
vivante de leur jungle.
Andy Kubert se lache en donnant vie aux récits barrés de Waid avec moults dinosaures,
mercenaires technoïdes et des scènes de combats vertigineuses aussi
ahurissantes que ses scènes intimistes (la révélation de l'identité du Maître
de l'Evolution (rien que pour ça : achetez leur dernier numéro).
7.![]()
UNTOLD TALES OF SPIDER-MAN de Kurt Busiek, Pat Oliffe et plein de guests
Bon en 1995, tout va mal pour la Marvel et donc son titre phare empêtré dans
des histoires à la con qu'on va vous ressortir sous emballage de luxe histoire
de vous enfler une seconde fois... or, Busiek nous refait le coup de Marvels
En bon fan d'Astérix, Busiek a bien compris que des invariants sont
nécessaires à la bonne conduite d'un héros de fiction super sympa et chéri par
des lecteurs de tous âges. Comme on ne lui permet pas de faire mumuse avec le
patrimoine en place, Busiek situe sa série dans les premières années du Tisseur
et au lieu de faire sa feignasse comme certains que je ne nommerais Jeph Loeb
pas, décide de combler les trous entre les épisodes d'Amazing Spider-Man
de Lee et Ditko.
Miracle (man) ! tout en renouant avec le statu quo du passé, Busiek rend une
copie bien plus moderne que ses petits camarades : les interractions de Peter
avec ses camarades, l'humour est omniprésent dans son boulot de super-héros qui
galère et les aventures redeviennent palpitantes.
Depuis, Bendis a tenté de retrouver l'alchimie avec Ultimate Spider-Man
mais s'est embourbé les pieds dans la décompression, chose que les stand-alones
de Busiek évitait en sautillant dans tous les genres possibles et imaginables
(du polar au fantastique en passant par la sf)...
avec une série vendu 99 cents le numéro et qui va détonner dans les histoires
psycho-paranos de ses tâcherons de collègues.
6. ![]()
DAREDEVIL : LAST RITES de Dan Chichester et Lee Weeks
Un coup d'oeil à la biblio de Dan Chi(danslacolle)Chester donne envie de le
pendre avec les tripes de Len Kaminski avant de le savonner avec l'intégrale
des oeuvres de Howard Mackie. Certes...
Mais même les plus nuls d'entre nous réussissent parfois à force de
persévérance et en voulant en remontrer à ses petits camarades Miller et
Nocenti, Chichester aidé du formidable Lee "je veux être Mazzucchelli à la
place de Mazzucchelli" Weeks va donner une des plus belles sagas à
tête-à-cornes en 4 petits numéros savamment mijotés.
En gros, DD en a ras-le-bol du Gros Wilson Fisk, dit le Caïd et profite que ce
dernier soit dans la mouise, son empire étant menacé par les terroristes de
l'Hydra (les jouets favoris de Chichester) pour lui intenter un procès, lui
coller le SHIELD aux (imposantes) fesses et foutre en l'air ce qui reste de sa
santé mentale. En devenant aussi machiavélique que son ennemi, DD remporte une
victoire mais y laisse son âme. Sujet qui sera repris par Brian Michael Bendis
dans son imposant run qui entretient de nombreuses similitudes avec celui-ci.
De là à dire que l'un a louché sur l'autre il n'y a qu'un pas que vous
franchirez vous-même.
5.![]()
CABLE de James Robinson, Joe Casey, Jose Ladronn et plein de tâcherons
pour les fill-ins
Ouais, moi aussi ça m'épate, mais preuve en est qu'un personnage nase peut
produire une série passionnante, par le biais de scénaristes de qualité (James
"Starman" Robinson et son poulain d'alors Joe Casey). Se concentrant
uniquement sur le côté action-man du futur, les deux compères aidés par le
croisement bizarre de Kirby et Moebius : José Ladronn ("un auteur qui a un
style bien à lui, donc
" ricane
Mechagodzilla) l'emportent dans des atmosphères pulps avec complot de sociétés
secrètes, traque dans les endroits les plus bizarroïdes et le met face à son
propre paradoxe (un cyborg qui doit empêcher le futur comme dans un certain
Termina...) en finissant par le transfigurer et aboutir à en faire un Messie de
la Grosse pomme face à un ennemi indestructible.
Avant tout le monde, Casey avouait son amour pour les séries cosmiques mal
aimées du Kirby des 70s : Machine Man, Les Eternels et Captain
Victory pour aboutir au seul spin-off valables des séries X
(NDLord : hé ho même pas vrai il y a Excalibur aussi)
4. ![]()
![]()
ELEKTRA LIVES AGAIN / DAREDEVIL : MAN WITHOUT FEAR de Frank Miller, Lynn
Varley, John Romita Jr et Al Williamson
Oui, y en a deux mais on ne peut pas vraiment séparer les deux derniers
travaux de l'immense Frank Miller sur son personnage Marvel fétiche avec ce qui
est son plus bel album au point de vue graphique (même si le changement de
style -il a été conçu en deux périodes- peut déstabiliser au 1er abord) paru en
graphic novel chez Epic (et qui a été réalisé en majeure partie dans les 80s...
je triche mais je m'en fous) et sa rénovation des origines de "l'Homme
sans peur" qui accoucha, tel son Batman Year One, d'un film qui,
dix ans plus tard, sabota toutes ses meilleures idées à la moulinette des
yes-men studios décérébrés.
Romita Jr lui s'en donne à coeur joie pour transposer "son" New York
et faire voltiger Matt Murdock en tenue de ninja gaijin se savater la tronche
avec les hommes de main du Caïd ou séduire sa belle et tendre Elektra. Elektra
qu'il tentera de rammener à la vie, uniquement par sa volonté, voire son
obsession, dans Elektra live again, préfigurant les romances tragiques
qui parsèmeront les ruelles de Sin City.
3. ![]()
INHUMANS de Paul Jenkins et Jae Lee
" - Dis donc, qu'est-ce qui sent comme ça Joe ?
- Ah ça : laisse, Paul... C'est les Inhumains... tu sais : la famille Royale
d'Attilan, la cité cachée... des amis des Fantastic Four, qui sont dirigés par
un roi dont le simple murmure peut détruire une montagne et a fait voeu de
silence... tous leurs sujets sont tranformés en surhommes par un rite sacré en
s'immergant dans des brumes terragènes et leurs esclaves sont des clones à qui
on laisse toutes les basses manoeuvres.
- Quoi ? mais c'est un concept dément ! Imagine qu'on en fasse une parabole sur
l'interventionnisme, le fascisme et qu'on place tout ça dans une atmosphère
d'armageddon imminente avec un relookage total des héros... j'ai le numéro de
Jae Lee sous la main là... Pourquoi tu laisses ça en plan ?
- Ben c'est à dire, depuis que De Falco et Ryan ont saboté les FF, on ose plus trop toucher à leur gourbi... Tu penses que ça pourrait fonctionner pour notre ligne "Marvel Knights" en mini-série de 12 numéros ? On essaie de réhausser un peu le niveau de la compagnie en changeant un peu l'atmosphère de leurs comics, tu vois ?
- Ben ouais, ça serait fendard, faudra que je te parle d'un autre truc... je
viens de lire Miracleman de Moore et ça m'a donné des idées... et puis qui
sait... ça sera ptet un carton critique et je pourrais ptet finir par écrire Spider-man
et toi être PDG de la boite
*rires*
Bn allez, je te laisse, ça fuse là, faut que j'y aille Joe !"
Dix ans plus tard, Joe Quesada et Paul Jenkins ont vieilli.
2. ![]()
DAREDEVIL de Ann Nocenti, John Romita JR et Al Williamson
J'en ai tellement bavé pour trouver une image décente de ce run (qui finissait
en beauté en 1990 dans les épisodes 278 à 282) que j'ai du aller pêcher la VF
pour illustrer : c'est dire le peu d'écho
qu'il connait encore aujourd'hui excepté en France ou sa parution en Version
Intégrale Semic fut pendant un temps un succès.
Enfin bref, Nocenti est la seule scénariste à avoir égalé et surpassé dans ses meilleurs moments Frank Miller sur la série. Romita Jr est alors en pleine
métamorphose : il pense complètement la planche, l'ambiance, les personnages :
il relooke l'enfer et Méphisto, offre les plus belles pages au Silver Surfer
("le type le plus cosmique de l'univers") et magnifie un trip en
enfer que concocte Nocenti pour DD et ses amis (dont des "inhumains"
tiens donc... mais aussi une robot pin-up et une activiste écolo) en route à
travers les States post-Reagan mais toujours dans la Bush du Diable...
La confrontation est dantesque, DD devient un guide et un véritable humain en
abandonnant ce démon de pacotille face à son ennemi juré, l'ange en surf...
Après les précédentes descentes aux enfers de DD, Nocenti nous fait comprendre
que la remontée est toute aussi rude.
et enfin... devant vos yeux ébahis... ladiiiiiz and gentlemeeeeeeen
LA MEILLEURE SERIE MARVEL DES 90s
1. ![]()
UNCANNY X... Non je déconne
1. ![]()
STEVE ROGERS : CAPTAIN AMERICA de Mark Waid et Ron Garney
Avant de passer entre les pattes grasses de ce sagouin criminel de Rob Liefeld,
Captain America a connu pour le chant du cygne de sa 1e série un sursaut de
qualité prodigieux après des années passer en animation suspendue sous les bons
(les premières années) et mauvais (putain dix ans c'est long) soins du
scénariste/editor Mark Gruenwald... Tout droit sorti du carton de son Flash
chez DC Comics, Waid reprend un Cap mal en point puisque mort dès le premier
épisode (444) et le shootera avec ses scénars enlevés, ses intrigues à
rebondissements multiples et son partenariat réussi avec un Ron Garney pas
encore manchot (à mon avis, il a été traumatisé par son duo avec Byrne sur Hulk,
c'est pas possible autrement). Mixant Miller et Byrne, Garney offre un Captain
graphiquement impeccable en pleine symbiose avec la caractérisation de Waid :
fonceur, déterminé, iconique (les traits sont épurés). Le bon Captain est mis à
mal par son adversaire le plus retors, le Red Skull armé de son cube cosmique
et destabilisé par le retour de Sharon Carter qu'on croyait morte depuis des
années. mais il en faut plus pour empêcher Cap de casser du tryran et même
débarassé de sa citoyenneté et considéré comme un paria par le gouvernement
(l'arc "Man without a country" qui conclue ce 1er run) ne lui
empêchera pas d'aller remettre en place cette ordure de Fatalis.
De là à dire qu'Ed Brubaker, scénariste actuel de Cap (meilleure série Marvel
depuis que Bendis a lâché DD) a louché sur lWaid il n'y a qu'un pas que pouf
pouf...
Waid et Garney évincés comme des malpropres par ce goujat de Harras (des
paquerettes) reviendront pour les débuts du volume 3, mais l'entrain du début a
subi les effets de cette cassure : la première intrigue de la Capmania est parasitée
par une idée un peu stupide (Cap a perdu son bouclier... mouaif) même si
l'intrusion des Skrulls rappellent une autre idée qui point en ce moment dans
les séries Marvel... la suite avec son "American Nightmare" sera elle
tuée dans l'oeuf par un editor qui rappellera à un Waid abasourdi que
"Captain America n'a pas vocation à parler de l'Amérique... Spider-Man
c'est pas sur les araignées lol "...
Car oui, Marvel c'est aussi ça : des vendeurs de soupe à la vision à trrrrès
court-terme porté plus précisément sur les chiffres de vente de ce qui marche
ailleurs... Mais parfois... parfois, il leur arrive de se sortir les doigts du
cul et de nous pondre des séries qui valent le coup... la preuve.
Hutch













































